‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 223 sur 362 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Toutefois l'organisation improvisée du collège devait causer bien des embarras. Grâce à la loi de liberté, les professeurs religieux n'avaient plus besoin de s'abriter derrière un directeur étranger ; la présence de ce personnage était plutôt pour eux une gêne. Le Père Barrelle était en possession du diplôme exigé ; on pria donc l'abbé Bonnet de se retirer. L'invitation fut mal reçue ; l'abbé prétendit être chez lui, et pour dire toute la vérité, il trouva appui dans une portion du clergé. Chose curieuse et qui montre combien la cause de la liberté religieuse avait gagné dans l'opinion, ce fut le recteur même de l'académie qui persuada le prête-nom récalcitrant de se démettre de bonne grâce, moyennant une indemnité pécuniaire.

Autre difficulté plus grave. Les Jésuites, à qui la légende attribue une habileté non pareille dans ce qu'on appelle les affaires, semblaient avoir pris à tâche de prouver qu'ils ne méritent pas cette réputation. Lh\ scrupule les avait inquiétés tout d'abord dans Texamen des bases matérielles de l'œuvre qu'ils méditaient. Ce scrupule avait pour objet les règles de la pauvreté religieuse. Voici en quels termes le Provincial de Lyon l'exposait au Père Général : «La question est de savoir si nous devons entrer dans une voie différente de celle qui est prescrite par l'Institut pour l'acceptation des collèges. Nous avons fait en France une heureuse expérience pour nos scolasticats qui n'ont eu dans le principe d'autres revenus que les trésors delà Providence. Ne pourrions-nous pas appliquer la même marche aux collèges d'externes ? Dans la ville d'Avignon où notre noviciat a vécu longtemps d'aumônes, il semble que nous pouvons faire cet essai sans imprudence... » (27 Août 1849.) A quoi le Père Roothaan répondait très sagement : « Sans doute il ne faudrait pas attendre, pour établir le collège, d'avoir des fondations assurées, comme celles d'autrefois, en biens-fonds ou en rentes. Il sera néanmoins nécessaire d'avoir l'assurance morale que les moyens d'entretien ne manqueront pas. Si l'on devait

par la suite demander aux parents des élèves que l'on recevra une aumône pour l'entretien des professeurs, il paraîtrait plus loyal de fixer dès le commencement une contribution qui pût couvrir au moins une partie des frais... » (31 Août.)

Malheureusement on ne suivit qu'à moitié ces conseils de prudence. Il y eut dans les réunions du comité abondance de bonnes paroles, mais ni contrats, ni échange de signatures. Les Jésuites ne crurent pas ces formalités nécessaires ; les membres du comité ne le crurent pas davantage. Ils souscrivirent généreusement pour les dépenses de première installation ; après quoi arriva ce qui devait arriver; on laissa les Jésuites se débrouiller. Avant la fin du premier mois du collège, le Père Général répondait aux inquiétudes manifestées par le Père Barrelle : « Je regrette qu'il n'y ait pas encore de conditions écrites avec la Commission. Je croyais la chose déjà faite, car elle avait été décidée en présence de ces Messieurs lorsque j'étais à Avignon. » (29 Janvier 1850.) Quatre mois plus tard le Provincial de Lyon reçoit cet avis : « Notre situation à Avignon doit être régularisée. Autrement je ne vois pas comment nous pourrions conserver ce collège. » (4 Mai.) Le 9 juillet, c'est une mise en demeure : « 11 faut aviser à ce que l'externat ne soit pas à la charge du noviciat. 11 faudrait tout bonnement le supprimer. »

De cette expérience fâcheuse se dégageait du moins une leçon de sagesse pratique; c'était, comme l'écrivait encore le Père Roothaan, « de n'accepter aucun établissement d'éducation, sans que les conditions soient nettement posées et signées de part et d'autre ». 11 semblait acquis en outre que, au temps actuel, dans une ville de médiocre importance, un externat d'enseignement secondaire n'a pas chance de pouvoir se suffire. On le comprit à Avignon, après l'essai loj'^al tenté dans un milieu où la Compagnie de Jésus était assurée de tant de sympathies. Aussi dès la rentrée suivante, l'ouverture du pensionnat était-elle arrêtée. Le Catalogue de cette première année

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