CHAPITRE VI
on y avait installé un noviciat ; bien qu'inachevés les bâtiments pouvaient fort bien répondre aux besoins d'une maison d'éducation, d'autant plus que, tout au moins au début, on songeait à recevoir seulement des externes.
Le Père Adolphe Pillon, qui avait fait ses preuves à Brugelette, fut chargé d'organiser le nouveau collège. Le 15 octobre 1850, l'inauguration des cours eut lieu en présence de l'évêque, du préfet, des autorités ecclésiastiques et autres personnages de marque. Dès le premier jour deux cents élèves se trouvèrent réunis dans l'église conventuelle. Ainsi prenait naissance, entouré de la faveur générale, le collège Saint-François-Xavier de Vannes.
Une question cependant se posait, là comme ailleurs. Le régime de l'externat pur pourrait-il y être maintenu ? Pour les Jésuites, à l'encontre de la légende, c'était l'idéal. A cette heure où la carrière de l'enseignement se rouvrait devant eux, leurs préférences ne sont point douteuses; leurs tendances, leurs efforts ne le sont pas davantage ; manifestement ils voient dans l'internat un système fâcheux auquel ils ne se résoudront que contraints parla nécessité : « Dieu veuille, écrit le Père Général, que plus tard vous ne soyez pas obligés, par la force des choses et des circonstances, à vous charger d'un grand nombre de pensionnats! Mais non, non, non!..» (17 Mai 1850.) Serait-il possible, au moins dans la catholique Bretagne, de se soustraire à des inconvénients qui inspirent au premier Supérieur de la Compagnie de telles appréhensions? Peut-être l'avait-on espéré tout d'abord. Comme le disait l'adresse citée plus haut, une souscription publique devait couvrir tous les frais; des comités avaient en effet été établis dans toutes les villes de l'Ouest pour réunir des fonds ; on avait fait appel à la charité publique et recueilli les offrandes des riches et des pauvres pour l'entretien du futur collège des Jésuites. Mais ces façons de plébiscites ne sont guère dans nos mœurs; le succès fut médiocre et point de
nature à assurer l'avenir. xVu reste, les Jésuites de Vannes ne s'étaient point fait illusion, et tout en poursuivant loyalement un essai conforme à leur Institut, ils s'étaient résignés d'avance à l'inévitable. Leur correspondance officielle de 1850 témoigne que, à leur avis, l'ouverture du pensionnat s'imposera à brève échéance. De fait le Provincial, cédant aux instances des familles, avait dû l'autoriser pour la rentrée de 1851. On n'attendit même pas jusque-là. Le 4 mai, le Père Pillon écrivait : « Notre pensionnat fonctionne depuis le 12 mars ; le nombre des élèves internes s'élève à quarante. » Ce chiffre allait grandir rapidement; dès 1854, il atteignait presque trois cents. Cet effectif ne fut pas beaucoup dépassé, tandis que l'externat se maintenait aux environs de la deuxième centaine.
Cette institution eut à Vannes une physionomie de caractère original qui rappelait celle des anciens collèges de la Compagnie de Jésus et qui mérite d'être signalée. Les enfants, venus des campagnes bretonnes, appartenant à des familles peu aisées, étaient reçus par petits groupes dans des maisons particulières, d'ordinaire chez quelque bonne femme d'âge mûr, à qui ils payaient une rétribution mensuelle de six à sept francs pour le logement et la soupe ; le reste de la nourriture était fourni parles parents. Ils allaient au collège pour les classes, puis revenaient faire leurs devoirs à leurs pensions ; la logeuse ne gênait guère leur liberté, et ils se chargeaient d'organiser eux-mêmes leur discipline, aux heures de travail aussi bien que pour leurs récréations, leurs divertissements et leurs promenades aux jours de congé ; la simplicité et la gravité des mœurs permettaient ce régime qui ailleurs n'eût pas été sans péril pour la jeunesse écolière. Au reste on y introduisit peu à peu tous les perfectionnements inspirés par les usages du passé et les besoins du temps présent. Les externes eurent leur Père préfet, dont l'office était de suivre chacun d'eux dans sa conduite et ses études ; il faisait fréquemment