‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 229 sur 362 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

la tournée des logis, où sa visite, d'ordinaire inattendue, prévenait tout désordre; ils eurent encore leurs congrégations qui ne contribuèrent pas médiocrement à adoucir chez les générations d'alors une piété quelque peu farouche. Chose qui nous paraît étrange en effet, des enfants, des adolescents vertueux d'ailleurs, habitués à la confession mensuelle, restaient cinq et six ans sans communion. Ainsi le voulait la tradition janséniste qu'on apportait de la famille et de la paroisse avec le costume breton et que la ténacité propre à la race tendait à rendre indéracinable. Un enseignement plus orthodoxe, avec l'aide du temps, de la patience et de l'exemple venu du pensionnat, eut enfin raison d'une erreur aussi déplorable; la communion fréquente passa en habitude parmi les élèves de l'externat; elle y suscita ou y fortifia les vocations; en 1889, c'est-à-dire en l'espace de moins de trente ans, quatre cent trente-six prêtres ou religieux étaient sortis de leurs rangs ^

Nous ne suivrons pas dans son développement le collège Saint-François-Xavier. Ces détails qui font l'intérêt d'une monographie ne sont pas à leur place dans une Histoire générale. Rappelons seulement que dès 1852 on se trouva à l'étroit dans le vieux bâtiment des Ursulines; il ne représentait guère que le quart ou le tiers du plan projeté; on entreprit alors l'achèvement du quadrilatère; en même temps on acquit la totalité de l'enclos des religieuses qui ne comprenait pas moins de huit hectares. On se mettait ainsi sur les bras une lourde dette qui ne laissa pas de donner des inquiétudes. Mais la nécessité parlait plus haut que la prudence. Le collège était dès lors installé de façon définitive, et sa prospérité s'affermissait de jour en jour sous le gouvernement d'un homme dont la valeur s'imposait au dehors comme au dedans. « De haute

1. Cf. Fernand Butel. L'éducation des Jésuites : Un collège breton, p. 2o4. On trouvera dans ce livre, écrit par un ancien élève, une histoire pleine de détails intéressants du collège Saint-François-Xavier de Vannes.

taille, écrit dans ses souvenirs un ancien élève du Père Pillon, il avait des traits accentués et d'une dignité parfaite, la démarche ferme et digne. Pour nous c'était une majesté ^ » A Brugelelte il avait laissé des souvenirs et des regrets que le temps n'effaçait point. Lorsque, quatre ans après son départ, le collège fut supprimé, un grand nombre d'élèves s'en allèrent, malgré les distances, retrouver au fond de la Bretagne le maître qui avait gagné leur affection et la confiance de leurs familles. Le Père Adolphe Pillon resta à la tête du collège de Vannes les onze premières années de son existence ; il le quitta en septembre 1861, pour aller diriger, à Paris, l'école de la rue des Postes.

A Dôle, les débuts furent plus modestes, on serait dans la vérité en disant plus timides. « A Dôle, écrit au Père Général le Provincial de Lyon, on nous a offert le collège; nous avons refusé, ou différé. Nous aurions eu l'air de faire concurrence au collège catholique de Besançon; puis le personnel nous faisait défaut pour ce nouvel établissement. Nous nous contenterons cette année d'un très petit externat avec trois ou quatre classes. » (28 Juillet 1850.) En 1824, la municipalité de Dôle avait déjà rappelé les Jésuites dans leur ancien collège de l'Arc; elle eût été bien aise de le leur confier à nouveau; des propositions semblables leur arrivèrent, au lendemain de la loi de 1850, de beaucoup de villes de France^. Deux ans plus tard la vieille cité franc-comtoise revient à la charge : « J'apprends à l'instant du Père Gloriot, écrit encore le Provincial de Lyon, que malgré les instances des inspecteurs académiques qui voulaient faire un lycée du collège de la ville

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