CHAPITRE YIl
ques jours plus tard Mgr Dupont des Loges annonçait à son tour la bonne nouvelle à ses diocésains par une Lettre Pastorale qui renferme à l'adresse de la Compagnie de Jésus de tels éloges que la plume d'un Jésuite ne saurait les reproduire sans quelque embarras.
A la rentrée d'octobre le nouveau personnel entrait en fonctions. Il avait à sa tête en qualité de Recteur, le Père Louis Turquand, que l'on avait connu à Metz, quinze ans plus tôt, brillant officier d'artillerie, et pour préfet des classes le Père Jean-Baptiste Stumpf, lequel devenu Recteur à son tour, devait rester à son poste l'espace de dix années, qui furent pour la maison qu'il gouvernait des années heureuses.
Le nouveau régime fut inauguré le 20 octobre 1852, dans la chapelle du palais épiscopal, où Mgr Dupont des Loges célébra la messe du Saint-Esprit. Tout le collège s'y trouvait réuni; les trois généraux qui commandaient à Metz, le préfet, comte Mahler, quatre colonels, tous les curés de la ville et d'autres personnages de marque soulignaient par leur présence l'importance que l'événement avait pour la cité et les espérances qu'il autorisait pour l'avenir.
Il ne fallait rien moins toutefois que la faveur publique pour rendre supportables les difficultés du début. Les cinq années passées à Saint-Augustin furent en effet pour les maîtres comme pour les élèves un continuel exercice de patience. Les locaux incommodes et malsains devenaient de jour en jour plus insuffisants à mesure que les élèves augmentaient en nombre. A Saint-Augustin même les bâtiments qu'ils occupaient étaient séparés les uns des autres par une rue ; la plupart des pensionnaires étaient logés dans l'ancienne résidence distante d'un demi-kilomètre. Dès 1853 on tournait vers Saint-Clément des regards d'envie. Les Jésuites se souvenaient que, en 1837, le Père Potot, leur montrant les tours de la vieille église abbatiale, avait dit : «C'est là que sera le futur collège de la Compagnie. » On n'était entré à Saint-Augustin qu'avec l'intention d'en sortir au plus tôt. La correspondance de
Rome prouve que des pourparlers étaient déjà ouverts en haut lieu. Le 28 février 1853, le Père Général faisait écrire : « Puisque nous sommes engagés (et avec nous Mgr l'évêque) avec le Gouvernement, puisque dans la ville nous ne trouvons pas de local aussi bien adapté ni moins cher pour le collège, puisque le statu quo est à peine tenable et que Saint-Clément est le meilleur, pour ne pas dire l'unique moyen de le faire cesser, vous pouvez aller de l'avant. »
L'abbaye bénédictine de Saint-Clément était alors propriété du ministère de la guerre qui y avait établi le service des lits militaires et un magasin de médicaments pour un corps d'armée. Les premières propositions d'achat, faites par l'intermédiaire de l'évêché, furent accueillies par un refus décourageant, et l'on étudia des plans de constructions à la campagne de la Ronde. Cependant le projet de Saint-Clément n'était pas abandonné. Grâce au crédit de l'évêque de Metz, appuyé de certaines interventions puissantes à la cour de l'empereur, le ministre de la guerre, maréchal Vaillant, finit par se montrer moins intraitable. Ordre fut donné de mettre en vente l'immeuble des lits militaires. L'adjudication eut lieu le 28 juin 1855. Les Jésuites n'avaient eu à craindre qu'un seul compétiteur, une société juive dont le chef, Emmanuel Meyer, mourut subitement trois jours avant lalicitation. Sur quoi la société se désista. Il fallut deux ans encore pour évincer tous les occupants, réparer, aménager, agrandir, en un mot mettre en état les locaux de Saint-Clément pour leur nouvelle destination. C'était un travail long et compliqué où le Père Mathieu Lauras, qui avait déjà fait ses preuves à Vannes, rendit de précieux services. Le 5 octobre 1857, le Père Jean-Baptiste Stumpf, qui venait de succéder au Père Turquand, put prendre possession de la partie centrale de l'antique abbaye ; quelques jours plus tard, à la rentrée, une division du collège y fut installée ; les autres suivirent au fur et à mesure des progrès de restauration. L'opération s'acheva avec l'année scolaire. Le 25 juin 1858,
CHA.PITRE Vil
le Père Recteur pouvait écrire : « J^a translation des élèves à Saint-Clément est presque terminée; il ne reste plus à notre ancienne résidence, et cela pour quelques semaines encore, que quatre ou cinq Pères et une trentaine de pensionnaires qui vont y passer la nuit. » Le 28 mars, dimanche des Rameaux, l'église avait été réconciliée et le saint sacrifice put y être offert pour la première fois depuis près de trois quarts de siècle. Un journaliste messin, M. Chenard de Mazières, écrivait à cette occasion : « La restitution au culte de la belle église de Saint-Clément est une conquête sur le génie de la destruction prêt à s'appesantir sur elle... Une intelligente restauration lui a déjà rendu les imposantes proportions de ses lignes monumentales et l'intégrité de son ornementation primitive... Cette église due au génie du moine Springa est, si l'on veut, une fantaisie; mais ilfaut convenir que c'est une fantaisie grandiose et qui atteste un prodigieux talent de conception. Disparate dans ses détails, cet édifice n'en offre pas moins un ensemble magistral et des proportions harmonieuses. Telle qu'elle est aujourd'hui, elle apparaît entière, achevée; restaurée par d'habiles artistes, elle semble être sortie d'hier du cerveau de l'architecte et des mains de l'ouvrier*. »
Pour ses débuts, le collège Saint-Clément abritait trois cent cinquante élèves ; au bout de peu d'années ils seraient cinq cents. Les Jésuites n'avaient rien épargné pour qu'ils y fussent à l'aise. L'antique couvent bénédictin rajeuni leur offrait un logement confortable, les dépendances avaient une étendue plus que suffisante, l'église monumentale faisait honneur à la cité. « Bientôt, continuait le chroniqueur, le collège de Metz comptera certainement comme un des établissements d'éducation les plus complets au point de vue de l'ordre intérieur, de l'hygiène, de l'air et de l'espace. » En faisant ces agréables constatations sur la fin de la première année, le Père