‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 255 sur 362 · Cf. Viansson-Ponté. Op. cit., p. 3o · texte numérisé non relu

Cf. Viansson-Ponté. Op. cit., p. 3o

bien en mesure d'en prendre la direction. Quant aux Jésuites, il leur fit offrir le magnifique cliâteau de Thouars, ancienne propriété de la famille de La Trémouille, où, disait-il, un pensionnat ser<»it plus avantageusement placé. Le chanoine de Larnay, que nous avons vu s'intéresser avec tant de zèle à l'établissement de la résidence de Poitiers, se chargea de porter la proposition au Provincial de Paris. Le Père Rubillon avait résolu, comme nous l'avons dit, de s'en tenir pour cette première année aux deux fondations de Vannes et d'Amiens. Quelque peu déconcerté par ce refus, le chanoine s'adressa directement au Père Général, lequel faisait écrire peu après que, à son avis, l'offre de l'évêque de Poitiers devait être prise en considération et que, s'il insistait, on ferait mieux de se rendre. Il n'insista pas pour lors; le collège Saint- Vincent-de-Paul était à ses débuts et on ne voulait pas dresser un concurrent sur son chemin. Mais, à vrai dire, l'expérience ne fut pas heureuse, et l'évêque ne fut pas le dernier à s'en rendre compte. A la date du 18 mai 1854, le Père George Rousseau, Supérieur de la résidence, écrivait : « Mgr est venu hier chez nous voir notre nouvelle église. Puis, me prenant à part, il me dit : — Voyons ; cette église, si grande et si belle, ne peut avoir sa raison d'être qu'autant que la Compagnie aura dans cette ville une autre situation. — Puis le prélat me déclara qu'il n'avait jamais cessé d'avoir les yeux fixés sur la Compagnie pour Tavenir du collège Saint-Vincent, qu'il a ouvert à une époque où elle disait n'avoir pas de sujets disponibles pour Poitiers, et que enfin il lui remet ce collège aux vacances prochaines, si elle veut l'accepter. » De son côté le Père Studer, Provincial de Paris, écrit un mois plus tard : « Il y aurait bien de graves raisons de différer encore. Mais Monseigneur désire que nous prenions son collège dès cette année et il a pour cela des motifs sérieux... » (26 Juin 1854.) Comme Brugelette allait être fermé quelques semaines après, on ne pouvait cette fois alléguer le manque de personnel, et les Jésuites avaient à craindre

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qu'un nouveau refus leur fît perdre la bienveillance de l'évêque de Poitiers.

C'est ainsi qu'aux vacances de 1854 ils prirent possession du collège Saii\t-Vincent. Ce fut pour l'établissement le signal d'une résurrection. Un eut peine à y trouver place pour les élèves qui se présentaient. Dès les premiers jours de Tannée 1855, la correspondance est pleine de projets d'agrandissements, qui du reste furent presque aussitôt abandonnés; avant la fin de l'année on avait acquis le terrain où allait s'édifier de toutes pièces le collège Saint-Joseph. En 1858 on construisit le bâtiment central ; l'année suivante les familles ayant souscrit une avance de fonds, on décida d'y ajouter une aile, et en 1861 un dernier corps de logis vint achever l'ensemble. Le collège Saint-Joseph avait assurément grand air ; d'ailleurs la faveur dont il jouissait autorisait des espérances ambitieuses. Malheureusement ce bel édifice, campé sur un sol inégal, avait entraîné des dépenses excessives. La dette qui en résultait fut pendant vingt ans le cauchemar de toute une Province de la Compagnie de Jésus. Le premier Supérieur de l'établissement, celui qui avait dû prendre les initiatives du début, était le Père Élesban de Gui- Ihermy. Ce nom rappelle un homme qui a bien mérité de sa famille religieuse ; il lui a élevé en effet, dans ses Ménologes^ un monument d'un prix inestimable. Ce fut l'œuvre de l'âge mûr et de vingt-cinq années d'un labeur qu'une ardente piété filiale pouvait seule soutenir. Mais le Père de Guilhermy arrivait à Poitiers jeune encore; il avait à peine trente-six ans. Il semble bien qu'il ait pris ses décisions avec une confiance quelque peu téméraire. Quoi qu'il en soit, quand il quitta le collège, après cinq années de gouvernement, il laissait une situation tellement embarrassée que son successeur, le Père Hubin, ne put y tenir plus de deux ans. A l'époque où nous arrivons (septembre 1861), c'est le Père Eugène Coué, qui préside, comme Recteur de Saint-Joseph, à l'achèvement des constructions.

L'année 1854 vit encore une autre création dont il nous reste à parler brièvement, car nous aurons à y revenir dans une autre période de cette Histoire.

La principale résidence des Jésuites à Paris ayant été fixée définitivement, à partir de 1847, dans l'immeuble de la rue de Sèvres, la maison de la rue des Postes perdit dès lors beaucoup de son importance. Le nom même qu'elle portait, Domiis Exercitiorum, n'était pas suffisamment justifié par le nombre relativement faible de ceux qui y venaient retremper leur âme dans la solitude et la retraite. Elle abritait des savants et des écrivains, comme les Pères Cahier, Arthur Martin, Charles Daniel, Marie- Ange Chastel, etc., de jeunes religieux, comme le Père Joseph Félix, qui s'y préparaient dans le recueillement au futur ministère de la prédication; on y recevait encore les hôtes pour lesquels la place manquait à la résidence. Néanmoins l'utilité de ce logis n'était plus en rapport avec la charge qu'il imposait. Vers le commencement de 1850, les Jésuites songeaient à s'en défaire. Les documents de famille conservent la trace d'une consulte extraordinaire où la question fut débattue. Les avis se partagèrent; la majorité inclinait pour la vente totale ou partielle. A Rome, l'opinion se prononça dans le même sens. En conséquence des pourparlers s'engagèrent avec la communauté des Bénédictines du Temple, alors expropriées par la voirie municipale et en quête d'un établissement sur la montagne Sainte-Geneviève. Fort heureusement l'affaire n'aboutit pas; les dames Bénédictines s'installèrent à l'hôtel de Condé, rue Monsieur, et les Jésuites de Paris restèrent en possession de cette demeure à laquelle s'attachaient pour eux et pour tous leurs frères de France tant et de si précieux souvenirs. Cependant ils ne soupçonnaient pas à cette heure l'avenir qui devait donner à leur maison de la rue des Postes une renommée

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