‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 258 sur 362 · Hâtez-vous lentement · texte numérisé non relu

Hâtez-vous lentement

2. «... J'ai accepté Strasbourg pour octobre i853; nous y aurons les l)asses classes jusqu'à la troisième. Le P. Stumpf m'avait écrit que vous acquiesciez aux désirs de Monseigneur. .. ». (Lettre du P. Sluder au P. Général, 6 octobre i852.)

encore le régime impérial, la Compagnie de Jésus eût volontiers ouvert de nouvelles maisons d'éducation en divers lieux où elle était appelée et attendue. De ce nombre étaient les deux plus grandes villes de France après la capitale. Lyon n'eut un collège de Jésuites que plus de vingt ans après la loi de 1850, et Marseille au bout de vingt-cinq ans. Le Père Roothaan, pendant son exil, avait pourtant promis aux catholiques marseillais qu'ils seraient les premiers servis. C'est que le Gouvernement impérial n'avait pas tardé à revenir à ses traditions d'absolutisme. Du moment surtout que le régime eut reçu la consécration de la victoire, il en prit à son aise avec les libertés publiques. La liberté de l'enseignement eut le sort de toutes les autres. Le Pouvoir se chargea d'en régler l'usage selon son bon plaisir. Un arrêté, pris en Conseil des Ministres en 1859, interdit la création de tout nouvel établissement d'éducation dirigé par des religieux, « sans que le Gouvernement ait constaté l'utilité de cette fondation ». C'était rétablir l'autorisation préalable. L'arrêté était illégal, puisque directement contraire à la loi de 1850 ; il ne reçut pas même la publicité d'une circulaire ministérielle; mais en appeler aux tribunaux eût été peine perdue. 11 ne restait qu'à prendre patience, en redisant, au besoin, le mot de l'évêque du Mans : « Les Gouvernements passent et la Compagnie de Jésus demeure. »

L'autocratie civile n'était pas toujours seule à barrer la route aux Jésuites ; il leur fallait encore compter avec l'autorité épiscopale, laquelle avait à sauvegarder des intérêts, d'ailleurs très respectables, que le voisinage d'un collège de la Compagnie pouvait mettre en péril. Et ledit collège ne pouvait s'établir sans l'agrément de l'évêque ; son opposition suffisait à le rendre impossible. Le cas, encore que rare, n'est point chimérique, comme on le verra par la suite. C'est ainsi que, même après avoir été, par une sorte de miracle parlementaire, admis à user de la liberté d'enseignement, la liberté pour les Jésuites n'était pas toujours la liberté.

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