‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 262 sur 362 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

littérature. L'emploi de surveillant exige un ensemble de qualités plutôt rares; la Compagnie de Jésus n'hésite pas à le confier à des hommes distingués par le caractère et la vertu. C'est un fait que bon nombre de ceux qu'elle a appelés au gouvernement de ses différentes maisons ont été choisis parmi les anciens surveillants de collège.

Cependant, il faut l'avouer, la Compagnie de Jésus a eu, elle aussi comme l'Université, sa question des surveillants. Ce service, qui n'est point prévu par l'Institut de saint Ignace, absorbait un personnel considérable. Les Provinciaux gémissaient d'avoir à fournir à chacun de leurs collèges, six, huit ou dix religieux qui allaient s'user dans un travail écrasant. Aussi les voit-on s'opposer de tout leur pouvoir au progrès exagéré des collèges, fixer un nombre de divisions, et dans chaque division un chiffre d'élèves qui ne doit pas être dépassé ; le maximum est d'ordinaire quatre-vingts. Mais le grief porte plus haut ; il atteint le régime même des pensionnats. Le pensionnat, nous l'avons assez dit, n'est pas l'idéal pédagogique de la Compagnie de Jésus. N'en déplaise aux maîtres universitaires, ce ne sont pas les Jésuites qui l'ont inventé. Il n'a pas de place dans V antique Ratio sttidiorum. 11 s'est introduit, à titre d'exception et sous une forme très restreinte, dans un petit nombre de collèges de l'ancien régime. C'est au XIX* siècle qu'il est devenu la règle et a bouleversé toute l'économie de l'institution scolaire.

Voici comment s'organisait un collège au temps d'autrefois. Un personnage opulent, évêque, cardinal, grand seigneur qui voulait le fonder, plus souvent la ville qui en était propriétaire, y appelait les maîtres de son choix, les Jésuites, par exemple. On s'entendait sur les matières à enseigner et le nombre des chaires àpourvoir, Onfixait le chiffre du revenu nécessaire à l'entretien du personnel, et dont une part devait aller aux maisons de formation. Ce revenu était d'ordinaire assis sur des terres qui constituaient la dotation du collège. Les choses ainsi réglées par contrat, les portes de l'établissement s'ouvraient toutes

grandes; riches et pauvres, aristocrates et plébéiens venaient s'asseoir sur les mêmes bancs, entendre les mêmes leçons, sans qu'il fut question pour les uns ni pour les autres d'une rétribution quelconque. Pour le vivre et le couvert, les écoliers et leurs familles s'arrangeaient à leur guise. De la sorte les maîtres n'avaient à s'occuper que de leur enseignement, à quoi ils ajoutaient les multiples industries qui avaient pour objet la culture morale et religieuse de leurs élèves. C'est ainsi que, avec un effectif à peine supérieur à celui de notre époque, les Jésuites français dirigeaient au xviii* siècle quatre ou cinq fois plus de collèges dont la population était elle-même double et triple de celle d'aujourd'hui.

Gomme on l'a vu au chapitre précédent, des essaisfurent tentés en 1850 par les Jésuites de la génération nouvelle pour revenir au système ancien, qui leur paraissait seul d'accord avec leur règle et avec les délicatesses de la pauvreté religieuse. Pour une multitude de raisons décisives il fallut y renoncer. Les fondateurs et les fondations de collèges pour les Jésuites ne se rencontrent guère de nos jours; les municipalités songent moins encore à leur confier le service de l'enseignement public. Par ailleurs, en dépit du progrès des mœurs démocratiques, il suffirait qu'une classe fût gratuite pour en détourner toutes les familles qui n'appartiennent pas au populaire. C'est ainsi qu'il a fallu presque partout imposer une rétribution, même aux élèves externes qui suivent les cours d'un pensionnat.

Quant à ces pensionnats que les Jésuites ont dii subir à leurs corps défendants, une question se pose que nous aurions mauvaise grâce d'esquiver. Bien qu'il ne soit pas plus élevé que celui des lycées, le prix de la pension n'en écarte pas moins un trop grand nombre de familles. Encore un argument pour les gens qui reprochent aux Jésuites de se réserver pour l'aristocratie de la naissance et de la fortune. Le grief est sérieux, et il s'appuie sur des faits incontestables. Ce sera notre excuse pour

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