CHAPITRE VHI
au bien leurs disciples parleur exemple^. Ensuite, « leur préoccupation constante, soit dans leurs leçons, soit en toute autre occasion, sera de porter ces âmes encore tendres au service et à l'amour de Dieu, ainsi qu'à la pratique des vertus par lesquelles ils se rendent agréables à la Divine Majesté ^. Enfin, dans ces entretiens privés auxquels saint Ignace attachait tant d'importance, le Ratio veut encore que le maître se souvienne de traiter avec ses disciples des choses de la piété, en évitant toutefois de chercher à les attirer à la Compagnie ; que s'il remarque en eux quelque désir à cet égard, il doit les renvoyer à leur confesseur 3. » En revanche, il exhortera tous ceux qu'il en jugera dignes à se faire admettre dans les congrégations de la Très Sainte-Vierge^.
Cette recommandation du Père Jouvency, le commentateur le plus autorisé du Ratio studiorum^ vise l'instrument que la Compagnie de Jésus emploie de préférence pour développer la piété dans le peuple chrétien et spécialement parmi les élèves de ses collèges. C'est à leur intention que les congrégations de la Sainte- Vierge ont été fondées, il y a plus de trois siècles et demi, par un Jésuite, professeur au Collège romain, le Père Jean Léon. C'est parmi eux qu'elles ont fleuri dans la période qui nous occupe et qu'elles ont accompli les prodiges dont elles sont coutumières, à la seule condition d'être sérieusement organisées et dirigées^. Partout un des premiers
I. Discipulos religiosse suse vitae exemplis cedifîcet. (Reg. comm. lo.)
3. Feratur autem ej'us pecuîiaris intentio, tam in lectionibus, cum se
occasio tulerit, quant extra eas, ad teneras adolescenlium mentes obse-
quio et amori Dei, ac virtutum quibus ei placere oportet, praeparandas,
(Reg. comm. i . )
3. Privatis etiam colloquiis eadem ad pietatem periinentia inculcabit, ita tamen ut nullum ad religionem nostram videatur allicere ; sed $i quid hujusmodi cognoverit ad confessarium rejiciat. (Reg. comm. 6.)
4. Curandum ut in sodalitia B. Virginis adsciscantur ii qui maxime omnium videbuntur idonei. (Ratio docendi. Cap. I, art. 3.)
5. Voir à ce sujet : Que doit être une congrégation de collège? Lettre à un prêtre, par le P. Pierre Brucker. Études. Tome GV, p. 621.
soins des Jésuites, en ouvrant une maison d'éducation, fut d'y établir une ou plusieurs congrégations. A Metz, les classes débutent le 20 octobre 1852 ; le 8 décembre suivant, en la fête de l'Immaculée-Gonception, Mgr Dupont des Loges veut présider en personne l'admission des six premiers congréganistes. Seule l'Ecole préparatoire de la rue des Postes est moins empressée. Là, malgré le désir unanime des Pères, on crut devoir attendre jusqu'aux premiers jours de la quatrième année. Deux congrégations y furent établies peu après la rentrée de 1857, et depuis lors elles n'ont cessé d'exercer dans ce milieu où bouillonne toute l'effervescence de la jeunesse l'influence la plus salutaire.
Au surplus toutes les industries pieuses ne seraient qu'un décor trompeur, si elles n'allaient puiser la vie à la source même de la piété, la pratique des sacrements. La Compagnie de Jésus a toujours estimé qu'un devoir de sa vocation était de la promouvoir parmi le peuple chrétien. Déjà au cours de cette Histoire on a vu les Jésuites français combattre de toutes leurs forces la tradition janséniste qui tenait les fidèles à distance du confessionnal et de la table sainte. Les collèges leur fournirent l'occasion de façonner les nouvelles générations à des habitudes plus conformes à la saine doctrine. Partout les enfants, sans y être contraints, s'accoutumèrent à la confession, qui ne leur apparaissait plus comme un épouvantail ; mieux encore, partout la communion fréquente fut mise en honneur. Il y avait peut-être quelque hardiesse dans une pratique qui tranchait si fort sur les habitudes du pays et déconcertait même la courte théologie de beaucoup de parents chrétiens. Pie X n'avait pas encore rappelé, avec son autorité suprême, les règles de la véritable discipline eucharistique ^
I . C'est dans un collège de Jésuites, malheurensement bien loin de la France, à Trichinopoly dans l'Inde anglaise, que s'établit, pour la première fois sans doute, la pratique de la communion quotidienne. Elle s'organisa parmi les élèves fervents, sous l'influence, il est vrai,