‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 277 sur 362 · CHAPITRE viii · texte numérisé non relu

CHAPITRE viii

affaire professionnelle, a été chez eux l'objet d'une étude spéciale. Obligés de pourvoir à l'emploi du temps des récréations, les surveillants ont dû se mettre en quête de divertissements variés; car là, comme en toute chose, les enfants se lassent vite de ce qui les intéressait d'abord. Leurs recherches n'ont pas été infructueuses; d'autre part leur génie inventif a fait des trouvailles. Bref, si le mot n'était trop ambitieux, nous dirions qu'une science des jeux de collèges s'est constituée par les efforts de plusieurs générations de surveillants. Deux d'entre eux ont réuni et codifié tous les résultats acquis dans un livre qui est devenu le manuel de la corporation'. Il y a quelque vingt ans, on fit grand bruit chez nous autour d'une soidisant éducation physique délaissée en France et très en honneur dans les pays anglo-saxons qui lui devaient la supériorité qu'on leur attribuait alors. Des voyageurs nous rapportaient d'Angleterre et d'Amérique la description enthousiaste des jeux que l'on y pratiquait. Ils donnaient cela comme des découvertes; on les crut sur parole, et fort heureusement leur propagande détermina dans certains milieux un renouveau des sports, vieux mot français qui avait passé dans la langue anglaise et qui s'est réacclimaté dans la nôtre. Chez les Jésuites, et chez d'autres encore sans doute, on suivit en souriant cette évolution; on s'étonna seulement qu'il eût fallu aller chercher hors des frontières ce qu'on eût trouvé tout aussi bien dans leurs collèges. Aucun de ces jeux qu'on nous ramenait de l'étranger, affublés de vocables exotiques, qui n'eût sa place dans le livre dont nous avons parlé. Pas n'était besoin assurément d'en faire des articles d'importation.

Un des usages, vraisemblablement les plus appréciés des élèves dans les pensionnats des Jésuites, c'étaient les grands congés. Les vacances en ce temps-là étaient moins longues et les sorties plus rares qu'aujourd'hui. Les

I. Les jeux de collège, par les PP. de Nadaillac et Pious3eau.

grands congés contribuaient pour une grande part à rendre la réclusion supportable. Ces jours-là tout était en liesse au collège; les Pères s'ingéniaient à imaginer quelque attraction inédite : c'était parfois un pèlerinage à quelque sanctuaire fameux et trajet en chemin de fer ; parfois, comme à Vannes, une excursion en mer; parfois la journée tout entière à la maison de campagne, avec baignade, concours de jeux et prix pour les vainqueurs. Bien des années plus tard et après avoir goûté toutes les émotions de la vie, des hommes du monde se rappellent ces fêtes de leur jeune âge et les racontent avec un accent qui témoigne de l'impression ineffaçable qu'elles leur ont laissée ^

La question des divertissements ramène celle du théâtre de collège ; nous l'avons abordée déjà, mais il faut y revenir. Il est incontestable que les récréations dramatiques n'ont pas eu dans la pédagogie des Jésuites au xixe siècle la même place que sous l'ancien régime. Les mœurs, les habitudes de la vie sont par trop différentes, et ces différences suffisent à expliquer que le théâtre scolaire ne soit plus ce qu'il était jadis. Sur l'opportunité même des représentations théâtrales dans les collèges, il y a eu chez les Jésuites français divergence d'opinion, d'où, dans la pratique, hésitations et intermittence. Nous avons vu dans les premières années le collège de Metz s'enhardir jusqu'à donner des pièces latines. En 1858 l'académie de Rhétorique offre au Recteur, le Père Turquand, à l'occasion de sa fête, Biaphonius^ drame historique tiré de l'histoire du Canada par le Père de Charlevoix. D'après le programme, les jeunes académiciens ont eux-mêmes composé l'œuvre. L'année suivante, c'est le Jésuite anglais, Edmond Gampion, martyr au temps

I. Cf. Fernand Butel, L'éducation chez les Jésuites. Un collège breton, p. 2l5.

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