CHAPITRE YIII
Selon lui nous avons manqué aux convenances que Ton se doit de Congrégation à Congrégation. Le prélat a été blessé. Il se proposait, m'a-t-il dit, d'écrire à Votre Paternité pour se plaindre de notre conduite. Surpris d'une pareille accusation, j'ai cherché à la combattre. J'ai établi : 1° que nous n'avions pas pris l'initiative ; 2° que nous n'avions pris encore aucun engagement ; 3° que, si nous avions donné des espérances pour l'avenir, c'était après avoir manifesté nos craintes et nos répugnances, et sur ce que Mgr Lyonnet, qui sentait cette difficulté, nous avait promis de tout arranger avec Mgr de INIarseille, quand les circonstances s'y prêteraient. Le dénouement brusque et inattendu a rendu cet arrangement impossible. »
Les explications du Père Gautrelet n'avaient point désarmé l'évêque de Marseille. Se sentant atteint dans ses sentiments paternels, il venait en effet de rappeler ses relisfieux du Séminaire de Romans. C'était le « dénouement brusque et inattendu » dont parlait le Provincial qui dut, lui aussi, prendre son parti. On était à la veille de la rentrée.
Le même jour toutefois il écrivait à Mgr de Mazenod ; « J'ai quitté jNIarseille sans emporter la consolation d'avoir entièrement dissipé les soupçons fâcheux que des rapports inexacts avaient inspirés à Votre Grandeur sur notre conduite en l'affaire du Grand Séminaire de Valence. Mes explications, je n'en doute pas, Monseigneur, auront modifié votre jugement, mais il m'a semblé que cela ne suffisait pas. Je me suis donc adressé directement à Mgr Lyonnet, et j'ose espérer que les assurances qu'il donnera à Votre Grandeur achèveront de nous laver à ses yeux d'une faute que nous n'aurions pas voulu commettre. » (15 Octobre 1857.)
Mis en demeure par la requête du Père Gautrelet, Mgr Lyonnet s'exécuta avec la plus parfaite loyauté. Voici la lettre qu'il écrivit immédiatement à son collègue de Marseille :
« Monseigneur, je viens d'apprendre avec autant de
surprise que de peine les plaintes que Votre Grandeur a cru devoir adresser au R. P. Gautrelet au sujet du Grand Séminaire de Valence. Vous savez trop bien comment les choses se sont passées pour croire que les PP. Jésuites ont eu quelque part à la détermination que je viens de prendre. Le 15 ou le 16 juillet dernier, le vicaire général de Valence vint me trouver à Saint-Flour. Il me dit, en me parlant du Grand Séminaire, combien il avait peu répondu à l'attente de mon vénéré prédécesseur... Sur ce, Monseigneur, je répondis au grand vicaire que je' verrais par moi-même sur les lieux si les reproches étaient fondés, mais que, en attendant, j'acceptais la position telle qu'elle était, et que je ne prétendais rien changer ni aux hommes ni aux choses de la maison... Aussi, Monseigneur, mon étonnement a été grand lorsque, à la veille de la rentrée, Votre Grandeur m'a appris qu'elle venait de retirer ses sujets... 11 m'a bien fallu en pareille circonstance chercher du secours ailleurs, et je me suis adressé de préférence aux Jésuites qui jouissent de toute mon estime et de toute mon affection. »
C'était de quoi éclairer la religion d'un juge impartial ; mais l'évêque de Marseille était fondateur et père. Ces lettres reçues, il n'eïi écrivait pas moins au Père Général, taxant très durement la conduite de son collègue et celle de la Compagnie de Jésus, l'un pour avoir songé à écarter les Oblats, l'autre pour avoir accepté de les remplacer. (21 Octobre 1857.) Ces plaintes étonneraient de la part d'un saint évêque qui avait donné à la famille de saint Ignace tant de preuves du plus sincère dévouement, si l'on ne se souvenait que la fibre paternelle ne résonne pas toujours à l'unisson de la stricte justice.
Nous n'avons pas la réponse du Père Beckx à cette semonce épiscopale ; mais il y fait une allusion dans une lettre du 26 octobre au Provincial de Lyon : « Je rappelle à Monseigneur, dit-il, en quels termes je vous ai écrit au sujet de notre substitution à ses Oblats ; je tâche le plus possible de l'adoucir. » Le Révérend Père