CHAPITRE VIII
dégageait la morale de l'histoire : «Il est toujours fâcheux de prendre la place des autres quand ceux-ci ne la cèdent qu'à regret. Maintenant que l'affaire est conclue, il ne reste plus qu'à demander à Dieu de la bénir et à recommander aux Nôtres de ne jamais blâmer leurs prédécesseurs au Grand Séminaire, ni devant les séminaristes ou le clergé ni devant qui que ce soit. » (26 Octobre 1857.)
Les tribulations qui avaient accueilli les Jésuites à leur entrée à Romans furent compensées dans la suite par d'abondantes et sérieuses consolations. Le mot apparait à plusieurs reprises dès les premières années d ans la correspondance officielle. En 1867, dans le compte rendu de la visite canonique, le Père Reynaud, Provincial de Lyon, écrit: «A Romans, j'ai trouvé toutes choses dans l'ordre. On y fait toujours un bien considérable, à peu de frais, je veux dire avec peu de personnel. » (19 Mai.) Pour être sobre, l'éloge n'en est pas moins expressif. En cette même année, une lettre du Supérieur fournit quelques détails sur l'état du séminaire: « Notre rentrée a eu lieu le 9 octobre. Elle nous a ramené quatre-vingt-quinze séminaristes, animés de bon esprit et de docilité. Nos rapports avec l'évêché sont toujours excellents, grâce à Dieu. Depuis quelques années nous jouissons de toute la liberté dont nous avons besoin pour les études, les ordinations, etc.. » (16 Octobre.) Ce Supérieur était le Père Bernard Viérin, religieux qui cachait sous des dehors très modestes un mérite peu ordinaire. 11 dirigea le séminaire pendant de longues années, cumulant avec sa charge les fonctions de professeur de Théologie morale. C'est sans nul doute à la sagesse de son gouvernement que la maison dut sa prospérité et la Compagnie de Jésus l'attachement des prélats qui se succédèrent sur le siège épiscopal. L'un d'eux devait en donner un beau témoignage , même sans attendre l'échéance fatale de 1880. Pour l'obliger à se séparer des Jésuites le Gouvernement le menaçait de supprimer l'allocation de 8.600 francs qu'il servait au Séminaire à titre de bourses. Sur quoi, lisons-nous dans une lettre du
516 LA COMPAGjNIE de JÉSUS
Supérieur d'alors, le Père Berger, « Mgr de Valence avait hautement déclaré, et m'avait dit ou écrit à plusieurs reprises que, lallùt-il mendier pour trouver les ressources nécessaires à ses séminaristes, il ne nous abandonnerait pas». (17 Avril 1878.)
Bien que postérieure de quelques années aux précédentes, l'entrée des Jésuites au Grand Séminaire de Périgueux appartient, semble-t-il, à la même période et doit trouver place ici.
L'Histoire de Sarlatnous a fait connaître Mgr Georges Massonnais. Vers la fin de sa vie le pieux prélat songeait à des réformes, car il n'était pas sans inquiétude sur la formation des jeunes clercs qui se préparaient à la prêtrise. Doctrine et discipline laissaient à désirer. A la suite d'un sermon sur le compte que nous aurons à rendre à Dieu, raconte son vicaire général, l'abbé de Saint- Exupéry, Mgr Georges convoqua par lettre pour le lendemain les directeurs du Grand Séminaire ; la lettre fat confiée au vicaire général lui-même. Le lendemain l'évêque était atteint du mal qui allait l'emporter au bout de quelques jours. Son successeur, Mgr Baudry n'eut guère le temps pendant son court épiscopat de s'occuper de la question. Mais à peine Mgr Dabert avait-il pris possession du siège de Périgueux que sa résolution était arrêtée. Dès les premiers jours de 1862, il adressait sa demande au Père Général. Le 13 février, celui-ci écrivait au Père Rouquayrol, Provincial de Toulouse: « Pour décider de l'acceptation du Grand Séminaire de Périgueux, j'ai pris l'avis des Pères Assistants. Après les avoir entendus et avoir discuté avec eux le pour et le contre, je me suis déterminé pour l'affirmative. La bonne lettre de Mgr l'évêque m'a touché beaucoup; nous devons secourir ce digne prélat. » A quoi le Provincial répondait quelques jours plus tard que tout était conclu et que les Pères prendraient la direction du Séminaire à Pâques. « J'ai su depuis, ajoutait-il, que, à la communication laite par Sa