‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 303 sur 362 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

exclusivement de lait et de bouillon. Pendant plusieurs mois, il soutint ce régime sans rien relâcher de sa régularité et sans perdre sa bonne humeur : «Je suis confus, écrivait-il au Père Beckx, que vous vouliez bien penser à ma santé. Il me semble que je la ménage assez. Je vis même quelque peu comme un païen. Bouillon et lait, lait et bouillon, voilà mon carême... » (29 Mars 1855.) Il fallut même au bout de quelques jours employer la sonde pour introduire un peu de liquide dans l'estomac du malade. Dans cette extrémité le Père Maillard consentit à demander au Père Général d'être déchargé du Provincialat. La réponse tardant à venir, il prit ses dernières dispositions, comme en témoigne le procès-verbal suivant, signé de sa main et que l'on conserve aux Archives.

« Le mercredi 9 mai 1855, le R. P. Louis Maillard, Provincial de la Province de Toulouse de la Compagnie de Jésus, a reçu au milieu des Pères et Frères de la résidence, et de ceux des Pères du collège qui avaient pu se réunir à eux, les derniers sacrements de l'Eglise. Immédiatement après la cérémonie religieuse, le Révérend Père a convoqué autour de lui les Pères Gonsulteurs de la Province, et il leur a dit, avec toute la présence d'esprit qui ne Ta jamais abandonné dans le cours de sa longue et douloureuse maladie : — Il faut réaliser une disposition qui concerne la Province. J'espérais que Rome aurait le temps de me dispenser de ce soin. Mais comme sa réponse n'arrive pas, que les affaires me reviennent et qu'elles ne peuvent marcher ainsi, j'en remets la charge au Révérend Père Ogerdias, que je désigne pour me remplacer, en attendant que Rome nomme lui ou tout autre pour gouverner la Province. Le Père Socius dressera l'acte de cette détermination, que je signerai moi-même et qui sera notifié aux maisons de la Province. — Il s'est ensuite recommandé aux prières des Pères Gonsulteurs qui lui ont humblement demandé sa bénédiction, et ont affectueusement baisé la main de ce Père vénéré et chéri,

réclamant toujours de la bonté et de la puissance de Dieu sa conservation et son parfait rétablissement.

Fait à la résidence de Toulouse le 9 mai 1855.

(Signé) Louis Maillard.

Le lendemain, 10 mai, partait de Rome la lettre attendue depuis plusieurs jours. Quand elle arriva à Toulouse, le Père Maillard venait de s'éteindre paisiblement de faiblesse et d'inanition, mais ayant gardé jusqu'à la fin une parfaite lucidité d'esprit. 11 était âgé de soixante-deux ans. (13 Mai 1855.)

Dans sa réponse le- Père Général, conformément au désir du Père Maillard, le déchargeait du fardeau du Provincialat, le remerciant de l'avoir porté avec tant de zèle et d'utilité pour la Compagnie, et désignait pour son successeur ce même Père Maurice Ogerdias sur qui s'était arrêtée au moment suprême la confiance du mourant.

Le nouveau Provincial était assurément homme de haute vertu et de grande capacité. Entré tout jeune prêtre dans la Compagnie, il n'y avait pas encore passé cinq ans lorsqu'on lui confia la charge délicate de Maître des novices; ses Supérieurs ne pouvaient lui donner de marque moins équivoque de l'estime qu'ils faisaient de sa personne. Il était, depuis la mort du Père Druilhet en 1845, Supérieur de la résidence et du"^noviciat de Toulouse. Malheureusement ses qualités avaient leur revers. Réservé et modeste jusqu'à l'excès, il ne pouvait prendre sur lui d'écrire des lettres où il lui eût fallu de façon ou d'autre faire acte d'autorité. Sur ce point sa répugnance était insurmontable. 11 en résulta dans la Province de Toulouse un certain état de malaise qui décida le Père Général à y envoyer un Visiteur.

Ce fut le Père Philippe de Villefort qu'on chargea de

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