CHAPITRE IX
atteinte et qu'elle n'est plus ce qu'elle était, il y a quelques années. Ce qu'il a éprouvé à Montauban nous semble avoir été un petit coup d'apoplexie... La chose a eu le retentissement le plus bruyant et le plus déplorable. » (29 Juin 1852.)
Le Père Maillard n'était pas homme à s'arrêter pour autant. A la suite de cette alerte, il se livrait de nouveau à sa dévorante activité, se délassant des soucis de l'administration par des voyages sans fin et les travaux du saint ministère. On en peut juger par une lettre qu'il écrit de Mende, à la veille de se rendre à Rome pour l'élection du Père Général : « ... Je cours de montagne en montagne ; c'est un plaisir, et un plaisir que je vous souhaiterais si vous ne l'aviez jamais eu et si vous le désiriez. Je défie les chemins de fer d'étendre leur réseau dans ces gorges profondes et ces anfractuosités énormes. Il n'y a souvent que le soleil qui puisse les pénétrer. De Mende j'irai au Puy, du Puy à Lyon, de Lyon à Marseille, de Marseille à Rome oîi je compte arriver le 15... Depuis quelques jours ma vie a été tout à fait cachée et intérieure. Jeudi, je n'ai passé que douze heures au confessionnal. Vendredi matin à six heures, je faisais la première communion de nos enfants du collège de Toulouse, au nombre de cinquante-trois. Et à neuf heures je montais en diligence, pour Albi, Rodez, Mende, où je trouve encore une première communion, et où par conséquent il faut prêcher... » (5 Juin 1853.)
Le défi du Père Maillard n'a pas arrêté les conquêtes du chemin de fer; il serpente aujourd'hui dans les défilés prétendus impraticables du Gévaudan; mais que devait être, il y a soixante ans, le trajet en diligence de Toulouse à Lyon à travers le Plateau central ! De Marseille à Rome on faisait alors la traversée par mer jusqu'à Givita-Vecchia ; le voyage du Père Maillard dura trois jours entiers. Après l'élection du Père Beckx, les travaux de la Congrégation générale le retinrent encore près de deux mois dans la ville éternelle. Il y fut témoin de plusieurs solennités intéressantes,
celle entre autres du 24 juin où, à Saint-Jean-de~Latran, le Pape prononça le Décret de béatification de la bergère toulousaine Germaine Cousin et du Jésuite martyr, André Bobola. Tous les Pères de la Congrégation générale et tous les autres membres de la Compagnie alors présents à Rome, au nombre de plusieurs centaines, assistaient à la cérémonie. Pie IX saisit cette occasion d'exprimer la profonde estime que lui avait inspirée la personne du Père Roothaan et la douleur qu'il avait ressentie de sa perte : « Je né puis rien souhaiter de mieux à sa famille religieuse , dit-il en terminant cet éloge, que de voir donner au Père Roothaan un successeur qui lui ressemble. » C'est ensuite, le 31 juillet, la fête de saint Ignace, dans l'église du Gesù, puis le 21 août les fêtes de béatification d'un autre martyr de la Compagnie, le Père Jean de Britto, patron delà Mission du Maduré, et qui à ce titre devait être particulièrement cher aux Jésuites de la Province de Toulouse. Le Père Maillard leur décrit toutes ces pompes avec sa phrase abondante et les chaudes couleurs de son imagination. Il ne s'en tient pas là ; dans cette correspondance épistolaire presque quotidienne avec ses frères, il s'attache avant tout à ce qui peut les édifier ; on y trouve, par exemple, une longue lettre, presque un traité historique, sur la dévotion romaine envers le Saint Sacrement et la Mère de Dieu.
Le Père Maillard rentrait à Toulouse dans le courant de septeuibre. En prenant congé du Père Général, il s'était offert à partir pour Madagascar, où les épreuves delà Mission lui paraissaient réclamer sa présence. Le Père Backx ne crut pas devoir accepter ce projet que l'état de santé du Père Maillard, autant que les besoins de sa Province, rendaient peu opportun ; tout au moins l'exécution en fut-elle ajournée jusqu'à l'expiration de son Provincialat. Mais Dieu en avait disposé autrement. Sans tenir compte de sa faiblesse croissante, le Père Maillard avait repris ses laborieuses habitudes. Bientôt, incapable de supporter aucune nourriture solide, il s'alimentait