CHAPITRE IX
suffire à la tâche. On jeta les yeux sur les Jésuites ; tout d'abord il y eut quelques hésitations parmi les conseillers de l'archevêque ; mais enfin, le 4 janvier 1860, le Père Bougeon écrivait : « Monseigneur m'a dil, il y a quelques jours, que notre établissement à Myans était décidé en principe, mais qu'il fallait attendre quelque temps pour nous procurer une habitation convenable... Nos Missions, lisons-nous encore dans la même lettre, sont toujours plus nombreuses. Ces bons curés nous aiment plus que nous ne méritons. Le Gouvernement continue à fermer les yeux.» Du reste, à cette date, le roi de Sardaigne cédait la Savoie à l'empereur Napoléon et le vote populaire ralifîaitl'annexion. L'entrée des Jésuites à Myans, 23avril 1860, coïncida avec celle des Savoisiens dans la famille française. Le premier Supérieur, le Père Adrien Pessard, dans une lettre du 19 juin 1861, rend compte de leurs débuts en ce nouveau poste : « Monseigneur l'archevêque nous entoure toujours de sa bienveillance, et les conditions qu'il nous a laites en sont la preuve. Sa Grandeur, il est vrai, ne s'est engagée à rien de stable, ni de définitif, ne voulant pas lier son indépendance ni celle de ses successeurs. Nous ne sommes en réalité que des ouvriers amenés par Elle in vineam Domini. A nous de mériter, par ia fidélité et le dévouement de notre ministère, de conserver à la Compagnie cette position un peu précaire pour le moment, mais dans laquelle néanmoins nous pouvons faire beaucoup de bien. Monseigneur est content des missionnaires et de leurs travaux, ainsi que de la manière dont nous administrons cette pauvre paroisse un peu négligée dans le passé, au milieu de l'entrain du pèlerinage. »
En cette même année, 1860, la Province de Lyon s'agrandissait d'un nouvel établissement à l'autre extrémité de son territoire. /Vussi bien que la Savoie, l'Auvergne rappelait à la Compagnie de Jésus des souvenirs contemporains de son berceau. L'évêque de Clermont lui avait donné le collège de Biliom, le premier qu'elle ait eu en
France. (1556.) En 1826 elle y avait été ramenée par le vœu unanime de la population. Deux ans plus tard les fatales ordonnances l'expulsaient une fois de plus ; mais en 1849, devançant la loi de liberté, le clergé avait présenté à l'évêque une pétition pourle retour des Jésuites. Eux-mêmes le désiraient ardemment. Nommé Provincial de Lyon en 1857, le Père Gautrelet écrit l'année suivante au Père Général : « Glermont est actuellement le point qu'il nous importe le plus d'occuper dans la Province. Outre son importance qui va toujours croissant, le diocèse est un des plus fertiles en vocations... Je sais que le Père Ogerdias songeait et que le Père Studer pense à transporter ailleurs le noviciat de Vais. Dans ce cas je vous demanderais d'établir à Glermont un troisième noviciat pour notre Province ; Mgr l'évéque consent à cette création qui pourra passer pour une simple translation. » (17 Novembre 1858.)
Le projet ne fut pas accepté d'emblée à Rome, oii il soulevait des objections d'ordres divers. Mais surtout il fallait attendre que le noviciat de Vais eût été installé ailleurs. Cependant au bout d'une année des circonstances providentielles favorisant l'établissement de Glermont, l'autorisation fut accordée. Un des premiers jours de juin 1860, deux Pères et deux Frères coadjuteurs s'installaient dans la maison de la rue Bansac; le Père Barrelle était Supérieur de la communauté naissante. Ainsi se réalisait une prédiction qu'il avait faite, trente-deux ans plus tôt, en même temps que ses adieux aux habitants de Billom : « Nous reviendrons, et moi je reviendrai. » il n'y revenait d'ailleurs que pour édifier le nouveau noviciat par l'exemple d'une piété séraphique. Bientôt déchargé de la supériorité, il passait les jours et les nuits dans des communications intimes avec Notre-Seigneur qui rappellent celles des grands mystiques; aux personnes qui pouvaient l'approcher quelques instants «il laissait l'impression que produit un être surnaturel «Ml mourut le 17 octobre 1863,
I. Vie du R. P. Joseph Barrelle, par le P. Léon de Chazournes. T. I, p. 3i3.