CHAPITRE IX
laissant un souvenir tout embaumé des parfums de la sainteté. A ce moment, le noviciat de Glermont voyait sortir de terre son église dédiée au Sacré-Cœur. Ce monument d'une architecture sobre et non sans élégance était encore l'œuvre du Père Pailloux, qui malheureusement, pour éviter une trop forte dépense, ne lui donna pas la solidité désirable. On fut obligé dans la suite de reprendre à grands frais Tarmature de la bâtisse. Preuve que certaines économies deviennent aisément fort coûteuses.
Les Jésuites de Lyon furent mieux inspirés en construisant quelques années auparavant leur maison de Fourvière. Celle-là du moins était faite pour durer. Pour des motifs étrangers à toute ostentation, on passa même à l'architecte quelque recherche d'élégance. Les quatre pavillons d'angle donnaient à l'édifice un certain air de château qui ne pouvait manquer d'attirer les regards et de provoquer des commentaires, d'autant plus qu'il s'étalait à la vue de toute la ville, au détriment du vieux sanctuaire de Notre- Dame, d'aspect alors si modeste. Assurément les récriminations allèrent leur train. Nous en trouvons l'écho dans les documents de famille, où l'on va jusqu'à parler « de l'orage excité par nos constructions de Fourvière ». L'expression est du Père Beckx lui-même qui, de Rome, fait exprimer sa reconnaissance au cardinal de Bonald pour avoir bien voulu prendre dans une lettre publique la défense delà Compagnie. (2 Janvier 1853.) En effet les personnes non décidées de parti pris à blâmer lesJésuites, et le cardinal tout le premier, « leur savaient un gré intini, écrivait le Père de Jocas, de s'être prêtés aux changements destinés à embellir le coteau de Fourvière ». (16 Février 1854.) Il est certain que la maison des Jésuites fut longtemps un des traits saillants de la merveilleuse silhouette de la sainte colline. Aujourd'hui elle est
complètement effacée par la masse imposante de la nouvelle basilique.
On comptait y installer le Troisième An; c'est ce qui explique les dimensions qu'on lui avait données. Il n'y fut pas cependant tout d'abord ; il fallait ménager le cardinal de Bonald qui lui-même n'osait laisser le champ libre à sa bienveillance. « Quant au Troisième An, lisonsnous dans la correspondance du Provincial, il est sûr que le cardinal le redoute, comme il redoute toute action nouvelle de la Compagnie ; mais il ne s'y oppose pas et ne me le détendra pas... » (16 Février 1854.) C'est seulement au mois d'octobre de l'année suivante (1855) que l'on réunit à Fourvière les Pères qui allaient faire leur dernière probation. On leur donna pour Instructeur le Père Gautrelet, rappelé de Vais. Les treize ans qu'il y avait passés comme Père spirituel du scolasticat, l'avaient préparé pour une fonction qui demande une vertu mûrie par l'expérience. Le saint homme était bien là dans son élément; il eût excellé à former à la vie intérieure les ouvriers apostoliques que la Compagnie envoie refaire leurs forces entre les travaux de la veille et ceux du lendemain; mais une tâche plus importante encore le réclama bientôt. Au mois d'avril 1857, le Père François-Xavier Gautrelet succédait au Père de Jocas comme Provincial de Lyon, et sa charge d'Instructeur passait au Père Pellico.
La maison de Fourvière allait, elle aussi, recevoir une nouvelle affectation. Le scolasticat de la Province de Lyon, d'abord provisoirement campé à Mongré, avait été à l'automne de 1856, transféré à Aix. Il avait à son usage l'ancien collège Bourbon redevenu en entier propriété des Jésuites, avec son église monumentale et sa gracieuse campagne du Tholonet, toutes choses qui avaient leur prix et qu'il ne retrouverait pas à Lyon. Cependant dès les premiers mois de sonProvincialat, le Père Gautrelet songea à l'installer au lieu et place du Troisième iVn. Il ne sera pas hors de propos de dire ici les motifs qu'il fit valoir pour ce nouveau déménagement, assez inopportun, semble-t-il, à