CHAPITRE IX
huit Frères des Écoles chrétiennes et les autres frais accessoires sont dorénavant assurés. » (9 Février 1864.)
La ville de Nancy avait au milieu du siècle passé, elle aussi, sa colonie d'Allemands, qui ne comptait pas moins de six mille personnes. Les Dominicains avaient pu y faire le service religieux pendant quelques années, mais ensuite le défaut de prêtres parlant la langue les avait obligés à s'en décharger. L'évêque se tourna alors vers les Jésuites ; grâce à leur noviciat d'issenheim, la population alsacienne leur fournissait des recrues nombreuses; l'œuvre des Allemands entre les mains de la Compagnie de Jésus serait donc assurée de l'avenir. Au mois d'avril 1856, Mgr Menjaud écrivit au Provincial de Paris, le pressant d'établir une résidence dans la capitale de la Lorraine. Par égard pour son clergé peu sympathique aux religieux, il imposait certaines conditions devant lesquelles le Père Studer pensa tout d'abord à refuser. Ses hésitations toutefois ne résistèrent pas au dévouement des bienfaiteurs qui déjà avaient fait des sacrifices d'argent pour l'achat d'une maison. Le Père Boulanger, très estimé dans le diocèse de Nancy, auquel il appartenait par son origine, fut donc chargé de l'organiser; il y vint au milieu d'octobre, et dans une lettre datée du dernier jour de cette année, 31 décembre 1856, il fait part de ses premières impressions : « Il y a deux mois et demi que je suis arrivé ici comme Supérieur de la résidence naissante de Nancy. Nous sommes cinq Pères et trois Frères. Chaude sympathie chez une portion des habitants et appréhensions chez le clergé des paroisses, voilà les dispositions qui nous ont accueillis. L'œuvre des Allemands, qui sont nombreux, donne de bonnes espérances. A en juger par les commencements, les travaux du saint ministère ne nous manqueront pas, ni dans le diocèse de Nancy, ni dans les diocèses environnants. »
Ces quelques lignes résument exactement la situation des Jésuites à Nancy ; pendant bien des années elle resta
telle qu'elle était apparue au premier Supérieur de la résidence ; de nouvelles sympathies s'ajoutèrent à celles de la première heure, mais d'autre part subsistèrent aussi les préventions d'une partie notable du clergé, préventions appuyées sur l'intérêt des paroisses. On ne leur opposait, en effet, pas d'autre grief que celui dont s'est servi l'anticléricalisme gouvernemental pour proscrire les Ordres religieux: « Ils font une concurrence fâcheuse au clergé séculier; la chapelle est l'ennemie de l'église. » De fait, lorsqu'en 1865, sous le successeur du Père Boulanger, les Jésuites construisirent leur chapelle, des protestations très vives s'élevèrent; des voix ecclésiastiques se faisaient entendre, réclamant de l'autorité épiscopale l'éloignement des religieux, et non pas des seuls Jésuites. Mgr Lavigerie répondait que cela dépassait son pouvoir, qu'au surplus il ne refuserait pas de présenter à Rome une pétition écrite et signée. Peu après, nommé archevêque d'Alger, il pressait les Pères d'ouvrir leur chapelle pour prévenir le procès canonique que voulait lui intenter certain curé de la ville. Avec le temps ces malentendus ont pris fin. A Nancy comme ailleurs l'apparent antagonisme entre les deux clergés, séculier et régulier, a tourné en rivalité heureuse pour le service du prochain et la gloire de Dieu.
A la même date que la résidence lorraine, s'ouvrait à l'autre bout de la France celle de Brest. Une lettre du Père Studer, 9 avril 1856, nous informe qu'il s'est rendu dans cette ville, où « toutes les autorités civiles et militaires » l'invitaient à établir la Compagnie ; Mgr l'évêque de Quimper « nous en faisait un devoir ». 11 a donc cru bien faire en allant de l'avant. Un logis et un vaste terrain ont été achetés; car il faut songer à un futur externat. A peine installé, le Père Joseph Le Sauce dresse le plan des constructions nécessaires pour la résidence des Jésuites ; on commencera par l'église; sur quoi le Père Beckx le félicite de faire passer la maison de Dieu la première.