‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 324 sur 362 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Toutefois, c'est seulement trois ans plus tard, le 31 juillet 1859, en la fête de saint Ignace, qu'on procéda à la pose solennelle de la première pierre. Comme à Nancy, le clergé paroissial de Brest garda tout d'abord une attitude froide et défiante vis-à-vis des Jésuites; on les tenait systématiquement à l'écart; au bout de huit ans on n'avait pas encore vu un Père de la résidence de Brest monter dans une chaire de paroisse. Ce n'est pas que le travail leur manquât; les ouvriers du port et de l'arsenal, les marins, les petites gens, les servantes avaient eu les prémices de leur apostolat dans cette ville populeuse; les lettres du Père Général leur exprimaient à ce propos sa satisfaction et ses encouragements. Mais ce que l'on attendait de la Compagnie de Jésus à Brest et ce qu'on lui demandait avec instance, c'était une maison d'éducation, et spécialement une Ecole préparatoire pour la marine. Nous avons dit pounjuoi la chose n'était pas possible dans la dernière période du régime impérial. On s'y acheminait toutefois avec persévérance; les deux derniers Supérieurs, le Père Turquand et le Père liubin avaient tout disposé en vue du futur collège qui allait prendre naissance au lendemain des événements de 1870.

Strasbourg aurait dû avoir son collège vingt ans plus tôt que Brest. Nous voyons en effet par une lettre du Père Studer, en date du 6 octobre 1852, que cédant aux prières de l'évêque et au désir présumé du Père Général il a décidé d'y faire ouvrir les classes à la rentrée de l'année suivante. (1853.) JNlgr Raess, en effet, souhaitait ardemment confier à la Compagnie de Jésus la direction de ses deux séminaires. Le Père lloothaan, mis aucouraivt de ses intentions, écrivait au Provincial de Paris : « 11 me répugnerait de donner à sa Grandeur un refus absolu ; mais pour ce qui est du collège, il faudrait ajourner autant que possible. » (10 Mai 1852.) Ce double projet n'eut pas de suite. Vraisemblablement le Père Studer ne crut pas devoir accepter certaines conditions imposées par

le prélat, entre autres l'acquisition par la Compagnie de l'ancien monastère de Saint-Etienne pour son nouvel établissement. A ce moment d'ailleurs, la fondation de Metz était conclue ; un second collège à Strasbourg eût été pour les Jésuites une charge plutôt onéreuse.

Par contre, la résidence y travaillait de plus en plus activement, comme en font foi les derniers rapports du Père Pierre Stumpf, avant son départ pour Gayenne ; nulle part peut-être on ne réclama le service des Jésuites avec plus d'empressement et d'unanimité. Le clergé, les militaires, les communautés religieuses, les étudiants des écoles et des Facultés sont également l'objet de leur zèle infatigable : « Toutes les retraites pastorales, toutes les retraites d'ordination nous sont demandées... Nous prêchons habituellement les retraites de toutes les communautés d'Alsace ; le jour de Pâques nous avions cent cinquante-quatre communions à la messe des militaires. » (1850.) Et pour 1851 : « Nous avons prêché les Exercices du Jubilé dans vingt-cinq paroisses, dont dix-sept villes à population mixte, et partout avec les résultats les plus consolants. A Mulhouse, la clôture fut attendrissante. Tous les assistants se levèrent comme un seul homme, et jurèrent de vivre et de mourir dans la sainte Église catholique, apostolique et romaine. » Le Père Joseph Bertrand, l'ancien missionnaire du Maduré, devenu Supérieur à Strasbourg, fournit un beau témoignage de la faveur avec laquelle toutes les classes de la population accueillaient le ministère des Jésuites : « Ce que j'avais vainement souhaité jusqu'ici, écrit-il le 11 août 1857, je l'ai enfin tenté cette année avec le plus heureux succès. Munis de l'autorisation de l'évêché, nous avons annoncé que les Exercices spirituels seraient donnés aux hommes seuls dans notre chapelle. Le résultat dépassa nos espérances. Dès la première exhortation, on compta cinq cents hommes environ et parmi eux des membres distingués de la magistrature, de l'administration et nombre d'officiers des grades supérieurs. Aux conférences

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