‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 329 sur 362 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

cloître et bibliothèque adossés à l'église et formant avec les antiennes maisons un quadrilatère complet, tout fut achevé paisiblement, et le 1*' janvier 1859, la communauté put procéder à la bénédiction et à la prise de possession de sa nouvelle demeure. L'habitation était ce qu'elle doit être, spacieuse, commode, bien distribuée, mais d'ailleurs d'une simplicité toute monacale. L'église par contre était un monument de valeur, « le chef-d'œuvre de l'art gothique moderne », au témoignage de VioUet-le-Duc.

La Providence venait d'envoyer à la Province de Paris un architecte de grand mérite et qui avait fait ses preuves. Chanoine du ^lans, inspecteur des Monuments historiques, l'abbé ]Magloire Tournesac, après avoir déjà rendu bien des services à la famille de saint Ignace, avait fini par se donner à elle, à l'âge de quarante-sept ans. Il était entré au noviciat d'Angers le 21 juin 1853; il vécut vingt-deux ans sous l'habit de Jésuite, édifiant ses frères et les étrangers par sa ferveur et pratiquant son art comme un apostolat : « Une belle église, disait-il, est une prédication permanente. » — On ne pouvait souhaiter pour celle du Jésus de Paris un maîtrede l'œuvre plus qualifié. Le Père Tournesac n'avait pas à construire une cathédrale ; mais parla puretédeslignes, la sobre etrobuste élégance du vaisseau, l'harmonie de l'ensemble, il a réalisé un spécimen d'architecture qui fait l'admiration des connaisseurs et devant lequel ceux mêmes qui ne le sont pas ne restent pas indifférents. La Compagnie de Jésus doit encore au Père Tournesac ses chapelles de Poitiers, de Nantes, d'Amiens etde Quimper; avant de devenir Jésuite il avait bâti celle de Sainte-Croix du Mans ; il dressa en outre les plans du collège de Vaugirard et de la rue des Postes. Au reste il avait dirigé dans le cours de sa vie la construction de plus de soixante édifices religieux.

Au moment où furent entrepris ceux de la rue de Sèvres, Mgr Sibour occupait le siège de Paris. Sa bienveillance pour la famille de saint Ignace n'était pas douteuse. Toutefois un dissentiment entre l'archevêché et les Jésuites

venait de se produire qui aurait pu amener un conflit. Sur le point de se rendre à Rome pour rendre compte au Souverain Pontife de l'état de son diocèse, le prélat avait fait adresser aux communautés religieuses un questionnaire qu'elles devaient remplir. Sur les articles relatifs à l'exercice du ministère sacerdotal auprès des fidèles le droit de l'Ordinaire à être renseigné ne pouvait être discuté ; mais certains autres qui touchaient au régime intérieur paraissaient manifestement empiéter sur le privilège de l'exemption. Le Père de Ponlevoy et son Conseil en jugèrent ainsi ; pour plus de sécurité, le cas fut soumis au nonce, lequel conseilla de ne répondre que parle silence. Ce fut le parti auquel on s'arrêta d'abord. Cependant le Père de Ponlevoy, conformément à sa règle, mettait le Père Général au courant de l'affaire : « Sur l'avis de la nonciature, dit-il, je n'ai fait de réponse ni par écrit, ni de vive voix. Que si l'on insistait, je répondrais très humblement que tout ce qui nous concerne est déjà suffisamment communiqué au Souverain Pontife par Votre Paternité ^ » (19 Mai 1854.) Le Père Beckx n'approuva pas cette conduite ; peu de jours après, il en informait le Père de Ponlevoy. Rien ne l'empêchait de faire le discernement nécessaire ; mais il avait eu tort de refuser tout renseignement. (8 Juin 1854.) Le Père de Ponlevoy accepta ce désaveu avec l'humilité d'un saint; il aurait pu se couvrir de l'autorité du nonce ; il n'en fit rien. Prenant toute la faute à sa charge, il écrivit à l'archevêque, lui demandant pardon et lui déclarant en toute simplicité qu'il avait été blâmé par son Général. (Juin 1854.) Mgr Sibour répondit par une lettre pleine de bonté et de délicatesse.

Ainsi se termina, dans la charité et la paix, un incident qui, avec moins d'humilité d'une part, moins de douceur de l'autre, se fût aisément envenimé. La biographie dti

I. Ex consilio nuntiaturae nullum dedi responsum, née scripto nec verho. Quod si urgeret, humillime responderem jam satis omnia quae circa nos sunt per V. P. ad summum Pontificem deferri.

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