CHAPITRE II
personne, chacun sachant très bien qu'elle n'a plus que la valeur d'une formalité. Toutefois M, Thiers avait beau jeu à dénoncera la vertueuse indignation de ses collègues ces pères de famille catholiques qui « mentaient à la loi ». A en croire un chroniqueur digne de loi, les trois quarts de l'assemblée « rugissaient aux noms de Fribourg et de Brugelette »'.
L'orateur signala encore d'autres subterfuges d'usage courant, disait-il, pour se soustraire aux étreintes du Monopole ; à toutes ces tentatives de liberté le Conseil opposait une résistance tenace; le privilège de l'Université avait en lui un défenseur aussi opiniâtre que clairvoyant. C'était un instrument « qui ne cédait pas. On a voulu le détruire, concluait M. Thiers, pour lui substituer un instrument administratif, flexible, qui cédât à propos, etpermît de résoudre par des faiblesses et des sacrifices les grandes difficultés du moment. Voilà le vrai motif. On a voulu apaiser ainsi la querelle soulevée entre le clergé et l'Université. » Cette fois le langage de M. Thiers était dénué d'artifice; les éloges à l'adresse de l'ancien Conseil, aussi bien que la méfiance à l'endroit du nouveau, donnaient au débat sa véritable signification. La composition de cet organe universitaire était en soi chose assez indifî'érente ; au fond c'était le Monopole qu'il s'agissait de défendre. L'idée de la liberté avait fait du chemin; il fallait l'empêcher d'avancer davantage. M. de Salvandy s'évertua à rassurer ces libéraux effrayés à la pensée que les liens de la servitude pourraient bien se détendre. En rétablissant l'Université dans l'institution primitive et conformément au Décret impérial, le Gouvernement prétendait bien ne rien abandonner des prérogatives de l'Etat ; il avait la ferme intention de les maintenir, comme il avait les moyens de les faire respecter.
Mais ces promesses ne suffisaient pas à M. Dupin. Le Conseil issu d'une Ordonnance ne lui paraissait pas assez