I. Le Correspondant. Tome XIV, p
fort pour s'opposer aux complaisances toujours possibles des ministres. L'ombre des Jésuites était apparue dans le discours de M. Thiers. M. Dupin, lui, les voyait déjà entrer de haute lutte par la porte entr'ouverte de la liberté d'enseignement. Il fallait que le Conseil de l'Université fût en mesure de les arrêter. Mais pour cela il fallait qu'une loi renforçât son autorité ébranlée. Cette loi, M. Dupin la réclamait ; elle était nécessaire, on devait la faire sans tarder, et dans une langue d'ailleurs assez raboteuse, M. Dupin prenait soin de préciser le motif : « Je le dis surtout, parce qu'il n'a pu échapper à vos esprits, quelque oublieux que nous soyons quelquefois, que tout ceci est né au milieu d'une lutte acharnée contre l'Université, d'une lutte extrêmement vive, à la suite de négociations qui n'ont produit qu'une trêve ; car je ne crois pas à une solution définitive ; on ne donne aucun éclaircissement ; les hostilités peuvent renaître ; l'État ne doit pas désarmera »
On était au soir du second jour de la discussion. A cause de l'heure avancée le discours du chef du Gouvernement fut ajourné au lendemain 30 janvier. Ce fut une séance mémorable. Elle débuta par un petit coup de théâtre. Jusque-là pas une voix ne s'était élevée pour la cause de la liberté qui avait le tort de se confondre avec celle des Jésuites. Depuis que M. Guizot avait fait connaître le prétendu résultat de sa négociation avec Rome, leurs défenseurs étaient rentrés dans le silence. Ce fut un jeune député protestant qui parla à leur place. On était venu pour entendre M. Guizot ; c'était l'affluence des grands jours. Dès l'ouverture de la séance, M. Agénor de Gasparin demanda à présenter quelques observations avant le discours du ministre. Il s'excusa d'abord d'oser prononcer encore le nom de la liberté d'enseignement, alors que la Chambre ne songeait qu'aux moyens de renforcer le Mono-
I. Le Moniteur. Chambre des Déj)ulés. Séance du 29 janvier 1846.