‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 44 sur 362 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

pôle. Car telle était bien en réalité la question agitée à propos de la réforme du Conseil royal : « Je ne pense pas, disait-il, qu'il y ait dans l'assemblée beaucoup de membres disposés à s'attendrir sur le sort de ces huit petites souverainetés absolues qui ont été médiatisées par M. le ministre de l'Instruction publiqve. » Mais pourquoi donc, après quinze ans, n'avons-nous pas encore réalisé la promesse de la Charte? D'où vient qu'après tant d'efforts et de si longs débats sur cette liberté tant attendue, « on ne peut aboutir? La raison en est simple. L'Université a été habile et heureuse. Elle a crié : Au Jésuite! Et dans ce pays où l'on subordonne si aisément tous les principes à toutes les passions et à toutes les circonstances, ceux qui défendent la liberté d'enseignement lui ont tourné le dos. — Un membre : Vous êtes un Jésuite! — M. de Gasparin. Jesuisun Jésuite!.. Je ne crois pas avoir besoin de profession de foi au sujet des Jésuites. Je déclare qu'il n'y a pas dans cette Chambre un seul membre, un seul, qui voulût exprimer comme je le ferais sa répugnance pour les dogmes ultramontains... Je ne suis donc pas suspect... Mais les libertés veulent être défendues pour elles-mêmes; les principes veulent être défendus pour eux-mêmes... Les libertés, les principes sont notre défense, notre bouclier à tous. Je ne jetterai pas mon bouclier, même pour écraser un ennemi... Je ne ferai pas aux Jésuites l'honneur de leur sacrifier un article de la Charte, une des libertés importantes de mon pays. »

Quelques jours plus tard, la chronique du Correspondant rendait compte de l'effet produit par cette argumentation ad hominem : « La Gauche a cela de bon que, même quand elle est le plus mal inspirée, on la fait rougir en lui reprochant l'abandon de la liberté. M. de Gasparin a rempli cette mission auprès d'elle avec intrépidité, et nous ajoutons, avec succès. Il a promené la tête de Méduse sur les passions haineuses réveillées le jour précédent par M. Thiers et INI. Dupin. Nous attribuons en grande partie aux paroles de M. de Gasparin l'attitude

morne que l'opposition antireligieuse a gardée pendant le discours de M. Guizot^. »

L'intervention de M. de Gasparin n'avait été qu'un lever de rideau. M. Guizot lui succéda à la tribune; le discours qu'il prononça compte parmi les plus remarquables de sa carrière d'orateur et d'homme d'Etat; ce fut aussi un beau triomphe parlementaire. M. de Salvandy avait essayé de se faire pardonner sa hardiesse en protestant de son zèle universitaire. « M. Guizot, plus fier, s'impatienta de cette attitude subalterne; il n'admit pas que, une fois encore, son Cabinet suivit docilement M. Thiers pour n'être pas battu par lui 2. »

Dès l'abord il osa parler, non pas des «défauts », mais des « vices » de l'Université. « Tous les droits en matière d'instruction publique n'appartiennent pas à l'Etat», dit il ; les droits des familles sont antérieurs à ceux de l'Etat; « les enfants appartiennent aux familles avant d'appartenir à l'Etat.. . Le régime de l'Université n'admettait pas ce droit primitif et inviolable des familles. 11 n'admettait pas non plus, du moins à un degré suffisant, un autre ordre de droits, et je me sers à dessein de ce mot, les droits des croyances religieuses... Napoléon ne comprit pas toujours que les croyances religieuses et les hommes chargés de les maintenir dans la société ont le droit de les transmettre de génération en génération, telles qu'ils les ont reçues de leurs pères... » En conséquence M. Guizot n'hésitait pas à déclarer que, dans la société actuelle, le Monopole était « un fardeau trop lourd pour l'Etat », et que, dans l'intérêt de l'Université elle-même et du Pouvoir, il y avait « nécessité absolue de faire à la liberté sa part et de la fonder dans une certaine mesure ». Quant à la lutte engagée entre l'Église et l'Université, le rôle du Gouvernement était, non pas de

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