‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 63 sur 362 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Cette intervention du premier Supérieur des Jésuites était trop en dehors de leurs habitudes pour ne pas exciter l'attention; d'autre part elle cadrait si bien avec les idées de Montalembert qu'il ne put se tenir d'en exprimer au Père Roothaan « son admiration et sa reconnaissance » : a Je dis reconnaissance, lui écrivait-il, parce que, en descendant ainsi dans l'arène de la publicité, vous rendez. Très Révérend Père, le plus signalé service et vous inspii'ez une force nouvelle aux catholiques qui, en plaidant la cause des Jésuites, croient plaider celle de la vérité, de la justice et de l'innocence. Puissent tous vos religieux imiter un exemple qui leur vient de si haut, et ne plus permettre à l'ignorance et à la mauvaise foi de triompher, saQs courir le risque d'être humiliée et confondue par une réfatation immédiate et positive ! Depuis le jour où, éclairé parla haine si persévérante des ennemis de l'Eglise, j'ai eu le bonheur d'apprendre à connaître, à aimer et à servir la Compagnie de Jésus, j'ai toujours pensé que les Jésuites trouveront, dans la pratique de la vraie liberté et dans les discussions publiques, cette force qui leur a manqué depuis qu'on s'est habitué à identifier leur cause avec celle des monarchies absolues qui les ont si odieusement sacrifiés au dix-huitième siècle. Une fois qu'ils auront pris racine sur le terrain des intérêts et des habitudes de la société nouvelle, aujourd'hui conquise complètement par le principe de la liberté, les Jésuites n'auront rien à craindre des déclamations surannées de leurs adversaires, ni même des lâches calomnies d'un Gioberti. Je me permettrai même de dire, et je ne suis pas le seul aie croire parmi nous, que, aujourd'hui même et malgré toutes les clameurs qui s'élèvent en Italie contre vous, le Pape Pie IX et le cardinal Ferretti ne feraient pas à vos dépens les sacrifices que la diplomatie a su extorquer au Pape Grégoire XVI et au cardinal Lambruschini. » (2 Octobre 1847.)

Montalembert avait une foi robuste en la vertu de lu liberté; quoi qu'il en soit de ses illusions, les Jésuites

continuaient à essuyer le feu des vengeurs que la Papauté recrutait dans les rangs de ses adversaires les plus déclarés : «A Lyon, écrivait le Père Maillard, nous avons un petit Constitutionnel qui chaque jour invente une histoire. Hier, il se faisait écrire de Rome que les Jésuites étaient encore sous le terrible coup du refus du pape d'assister à leur Saint-Ignace...; que, ce jour-là même, ayant envoyé des rafraîchissements à la garde civique, personne ne voulut y toucher. Aujourd'hui nouvelle invention. 11 s'agit d'une octave prêchée au Sacré-Cœur de Turin par un Père Jésuite pour la conversion du Pape. De là émeute dans la population. Octave suspendue. La Supérieure a l'ordre de quitter Turin dans les vingt-quatre heures. Les ministres réunis délibèrent d'expulser les Jésuites des Etats Sardes. Et tout cela pour arriver à la conclusion ordinaire : Il n'y a qu'en France, où ils ne devraient pas même exister, que les Jésuites peuvent agir, brouiller et bouleverser tout impunément. » (17 Août 1847.)

Cependant devant cette persistance d'une calomnie spécieuse, les Jésuites se crurent obligés à une manifestation exceptionnelle de leurs véritables sentiments pour celui qui était assis dans la chaire de saint Pierre. Sur la fin de l'année, les Procureurs envoyés par toutes les Provinces de l'Ordre se trouvaient réunis à Rome. Avant de se séparer, ils signèrent une adresse qui fut remise au Souverain Pontife, le V^ décembre, par les PP. Beckx et Benetti ; en voici le passage essentiel :

« Très Saint Père, sur le point de retourner dans leurs Provinces, lés Procureurs de la Compagnie de Jésus, envoyés à Rome selon l'usage, éprouvent le besoin de déposer aux pieds de Votre Sainteté le sentiment d'amère douleur dont leur âme est remplie. Nous savons, en effet, que parmi tant d'autres calomnies, on accuse les Jésuites d'être opposés auxintentions et dispositions de Votre Sainteté. D'autres imputationsnous pouvons les supporter avec joie et ensilence. Pour celle-ci, cen'est paspossible ; elle renferme trop d'injustice et d'outrage. Elle nous blesse

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