CHAPITRE PREMIER
Le Général de la Compagnie de Jésus allait se trouver pendant quelques semaines dans d'étranges perplexités. Le Provincial de Paris arrivait à Rome avec l'intention non dissimulée de le faire revenir sur les concessions déjà adoptées en principe. A peu près en même temps il recevait connaissance de la Note du Gouvernement français ainsi que des explications confidentielles données par le ministre au comte Beugnot. Le Père Roothaan ne s'en laissa point émouvoir tout, d'abord ; ses premières lettres au Père Maillard et au Père Guidée, qui remplaçait à Paris le Père Rubillon en qualité de Vice-Provincial, paraissent plutôt une réponse aux remontrances qu'on lui apporte sur le fait des concessions. Le Saint-Siège ayant déclaré ne vouloir donner au Général de la Compagnie ni ordre ni conseil relativement aux demandes présentées avec tant d'instances par l'envoyé du Gouvernement français, il me semble, dit-il, que « dans des circonstances si graves, nous pouvions, nous devions faire quelque chose pour le bien de la paix... Ces mesures dont M. Rossi eut connaissance indirectement, mais connaissance certaine, il les trouva telles qu'il s'en montra très satisfait et qu'il s'en exprima même dans des termes pleins de reconnaissance. Maintenant, après la publication de la dépêche, la situation a bien changé. )> (17 Juillet.) D'ailleurs, « j'ai laissé aux Provinciaux la plus grande latitude » ; c'est à eux de voir ce qu'il convient de faire... Rien jusqu'ici n'est à modifier dans la ligne de conduite tracée au Père Rubillon, rien, même après les nouvelles détaillées données par le Père de Ravignan sur la visite de M. Beugnot à M. Guizot.
Les communications faites dans cette visite n'avaient en effet aucun caractère officiel et rien n'obligeait les Jésuites
à en tenir compte. Mais, par le discours retentissant du 15 juillet, le Gouvernement paraissait s'engagera fond; il prenait autlientiquement à son compte tout le contenu de la Note du Moniteur^ et en garantissait devant le pays l'exécution rigoureuse. A Rome on ne pouvait plus longtemps se retrancher dans le silence qui eût été un acquiescement. Nous avons dit la protestation du secrétaire d'État au représentant de la France. Sans faire d'éclat, Grégoire XVI voulut, lui aussi, protester de façon non équivoque. Le 24 juillet, le Père Roothaan écrivait au Père INIaillard : « Le Saint-Père a délié du serment de garder le secret les cardinaux qui ont assisté à la séance de la Congrégation des Affaires ecclésiastiques extraordinaires tenue le 12 juin. L'unanimité de ces princes de l'Église à décider que le Saint Père ne pouvait ni ne devait accorder ce que le Gouvernement français demandait se trouve ainsi confirmée... ».
Le Père Roothaan ne s'en tint pas là. Puisqu'on prétendait l'obliger à faire ce qu'il n'avait ni promis, ni pu promettre, puisque d'autre part la responsabilité de sa conduite rejaillissait en déshonneur sur le Saint-Siège, il se crut, lui aussi, délié des promesses qu'il avait réellement consenties. Le 28 juillet, il adressa aux Provinciaux de France la lettre que voici:
« Les fausses nouvelles données par les feuilles officielles du Gouvernement et plus encore les inconcevables assertions de M. Guizot à la tribune dans la Chambre des Pairs, assertions dont il avait déjà expliqué le sens à M. le comte Beugnot, sont de nature à compromettre le Saint- Siège aussi bien que la Compagnie, au grand scandale du monde catholique.
« Les. mesures de prudence que j'avais cru devoir adopter pour le bien de la paix, et parce que je savais que M. Rossi ne cessait de dire ici que son Gouvernement était mis dans l'embarras et débordé par le parti de l'opposition révolutionnaire, viennent d'être expliquées en un tout autre sens, et on leur donne une extension que