CHAPITRE PREMIER
aucune mesure, il surveillera, et si on ne s'exécute pas, en référera à Rome, sûr d'obtenir que la Note soit exécutée à la lettre. M. Beugnot confirme que M. Guizot est sûr d'obtenir tout du Saint-Siège. » (11 Juillet 1845.)
Cette façon de présenter les choses était dans l'ensemble, pour nous servir d'une expression bénigne, un tissu d'inexactitudes^; nous en avons, croyons-nous, suffisamment apporté la preuve. Mais il y a au moins une des assertions du ministre qu'on est obligé de qualifier plus sévèrement. jM. Guizot gardait par devers lui la dépêche du chargé d'affaires; il savait bien que la Note du Moniteur^ rédigée par lui-même et dont il donnait lecture, n'en était pas « la reproduction textuelle », comme il l'affirmait dans son cabinet à son interlocuteur, le 11 juillet, et comme il le répétait quatre jours après à la tribune de la Chambre des Pairs ^. Pour accréditer une dépêche sophistiquée, le grand ministre n'hésitait pas à mentir, perfricta fronte, comme auraient dit les anciens. On ne fait pas pareille constatation sans quelque tristesse. Par ailleurs, l'extinction complète, la suppression radicale de la Compagnie de Jésus annoncée dans la Note, c'est le Saint-Siège qui l'ordonne; M, Guizot l'affirme, renforçant ainsi le mensonge par un outrage au Pape. Et tout cela pour se débarrasser de ces Jésuites à qui l'on reprochera leur peu de délicatesse sur le choix des moyens !
Par les déclarations du célèbre ministre on voit l'attitude et le rôle étrange que le Gouvernement s'attribuait à partir de ce moment. Les Jésuites devaient eux-mêmes s'exécuter, sur l'injonction du Pape, et c'est au Pape qu'on se plaindrait si l'exécution n'était pas assez prompte ou assez complète. « M. Martin du Nord, écrivait le Père
1. La lettre du cardinal Lainlji-uscliini au nonce Fornari citée plus haut la contredit tout du long, et sur plusieurs points lui donne un démenti formel.
2. En apportant le i5 juillet, à la Chambre des Pairs, sa déclaration sur l'affaire des Jésuites, M. Guizot était censé donner lecture de la correspondance diplomatique. Naturellement, il lut la Note du Moniteur en l'altrihuant à Roasi.
Guidée, se frotte les mains en disant : Je n'ai qu'à regarder faire. » (8 Juillet.) Toutefois, pour se faire aider dans son loisir, il adressait quelques jours plus tard la circulaire suivante aux préfets des départements où se trouvaient des maisons de la Compagnie :
« Vous connaissez le résultat de la négociation que M. Rossi était chargé de suivre avec la Cour de Rome... C'est en vain que plusieurs journaux ont voulu jeter quelques doutes dans les esprits. La vérité des faits a été nettement établie par le discours que M. le ministre des Affaires étrangères a prononcé à la Chambre des Pairs le 15 juillet dernier. Le Gouvernement a l'intention d'apporter dans tout ce qui touche à l'exécution de cette sage mesure tous les ménagements convenables. Il veut laisser aux Jésuites les facilités qui pourront leur être nécessaires ; mais il est fermement résolu à veiller à ce qu'elles s'accomplissent loyalement et sérieusement. Je vous prie donc, Monsieur le préfet, d'observer attentivement la conduite que vont tenir les Jésuites établis dans votre département et de m'informer exactement des différents faits que vous aurez pu constater. »
Comme il fallait s'y attendre, les Jésuites crurent d'abord M. Guizot sur parole ; ils n'étaient pas assez diplomates pour le soupçonner d'avoir falsifié une correspondance officielle. Le soir même de l'entrevue du comte Beugnot avec le ministre, le Père Guidée écrivait au Père Général : « Ainsi que nous le pressentions, Votre Paternité a été trompée. Je viens devoir notre intermédiaire qui sort de chez M. Guizot. Il entend que la Note publiée au Moniteur soit exécutée loyalement. Cette Note est extraite des dépêches de M. Rossi, soumise au secrétaire d'État et approuvée par lui... » (10 Juillet.) Dans cette même lettre le Père Guidée parle déjà de vendre la maison de la rue des Postes, pour laquelle des propositions ont été faites ; on voudrait y établir l'École Normale.