‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 73 sur 362 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le cardinal de Bonald s'empressa de réclamer auprès du ministre des Cultes, Garnot, contre ces abus de pouvoir. En même temps il envoyait aux journaux catholiques une protestation indignée : « La religion, disait-il, a été l'une des premières à saluer l'avènement de la République, et a offert à Dieu pour elle des vœux sincères, des prières non mendiées... Elle croyait n'avoir plus à craindre les fantaisies de l'arbitraire; elle s'est trompée. » M. Garnot voulut bien prendre la peine de justifier son subordonné. Dans une longue lettre à l'archevêque de Lyon, il explique comme quoi la liberté garantie à tous les Français n'exclut pas les mesures de police exigées par le bon ordre; en particulier les associations interdites par les lois ne sauraient revendiquer le droit commun... En conséquence, le fonctionnaire est irréprochable. G'est la thèse connue, ou plutôt le sophisme dont on se servira encore pendant cinquante ans. La Révolution a détruit toutes les Bastilles, brisé toutes les chaînes; mais du moment que vous demandez la liberté religieuse, on vous objecte les lois de l'ancien régime, lois de l'Etat, intangibles.

Des républicains, plus farouches, mais aussi plus logiques, blâmaient l'intolérance du commissaire de Lyon : « Nous avons conquis le droitde réunion, le droit d'association, écrivait Bûchez, ce n'est pas à nous d'en priver les autres qui ne pensent pas comme nous. M. Arago n'aime pas les Jésuites ; nous ne les aimons pas non plus ; ce n'est pas une raison pour les chasser de chez eux^» On devait voir bien d'autres inconséquences. 11 n'y avait pas un mois que la République avait proclamé la liberté pour tous que déjà les religieux étaient jetés à la rue. Avant la fin de mars on pouvait lire cet avis dans un journal de Lyon : « Les Jésuites de la rue Sala s'étant dispersés, on a loué à d'autres citoyens leur habitation. Un tailleur occupe le rez-de-chaussée et un répétiteur les

I. Bévue nationale, citée par L'Ami de la Religion. Tome CXXXVI, p. 679.

appartements. Les habitants de la rue se plaignent de la persistance que mettent quelques gens rancuniers avenir toutes les nuits faire du tapage contre les murs inofFensifs K »

Heureusement le règne d'Emmanuel Arago ne se prolongea pas au delà de quarante jours. Lui parti, personne ne s'opposa au retour des Jésuites.

Une vexation toute semblable leur fut infligée à Avignon. Tout d'abord on avait craint que le tempérament inflammable de la population ne la portât à des excès ; la maison fut presque entièrement évacuée et les novices répartis çà et là en attendant les événements. Au bout de quatre jours tous étaient rentrés. Mais bientôt arrivait en qualité de commissaire le ci-devant marquis de la Boissière. Celui-là aussi estimait la République compromise si les couvents n'étaient saccagés. Voici la note qu'on pouvait lire dans les journaux de Paris du 1"" avril : « Jeudi, dans la matinée, la maison des Jésuites d'Avignon a été environnée par ordre du commissaire du Gouvernement dans le département de Vaucluse, et il a été enjoint aux Révérends Pères d'avoir à sortir de la ville avant onze heures du matin. Sur les représentations du Supérieur, un sursis de vingt-quatre heures a été accordé, pendant lequel la maison a été gardée par la police. Les Pères ont quitté la ville, où cet acte de rigueur a causé une certaine émotion 2. » Les Archives conservent l'original de la plainte adressée à la justice par le Père Louis Ribeaux, Supérieur des Jésuites d'Avignon. Nous ignorons quelle suite y fut donnée. Les commissaires de Ledru-Rollin n'ayant qu'un pouvoir éphémère, il est probable que leurs fonctions d'autocrates furent subies avec patience par ceux qui en étaient victimes. De fait, peu à peu les expulsés revinrent; au bout de deux mois résidence et noviciat se retrouvèrent au complet. Le plus grand nombre des novices avaient été reçus au Grand Séminaire de

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