CHAPITRE III
La même époque voyait naître à Marseille une institution due à l'initiative d'un Jésuite de la résidence que nous avons vu déjà en 1832, dans le diocèse d'Amiens, se dévouant sans compter au service des cholériques. Appartenant au Midi par sa naissance, le Père Barthès avait été envoyé après la division des Provinces à Avignon, puis à Aix, et enfin en 1843, à Marseille. « Dès mon arrivée, écrivait-il plus tard, je fus douloureusement impressionné en voyant les dangers auxquels étaient exposées les jeunes filles, et je promis de remuer ciel et terre pour leur ouvrir un asile ^ » Sans tarder davantage, il réunit quelques personnes pieuses qui voulurent bien se charger du patronage des servantes. Telle fut l'origine de la Congrégation des religieuses de Notre-Dame de Compassion, établies dès l'abord dans le domaine de la Blancarde, aux portes de Marseille, Bientôt elles élargirent le cadre de leur activité et se consacrèrent à toutes les œuvres de zèle et de charité compatibles avec la vie religieuse. Au mois d'avril 1845, fut ouvert l'Asile catholique, où elles reçurent jusqu'à cinq cents jeunes enfants. Le 16 juin de la même année, en la fête de saint François-Régis, Mgr de Mazenod leur donnait l'habit religieux, et le 17 septembre 1849, elles étaient admises à prononcer leurs vœux entre les mains du Père Ferrand, Supérieur des Jésuites. Pendant plus de dix ans encore le Père Barthès s'employa à la formation et au développement de son institut ; il mourut le 26 janvier 1861 et fut inhumé dans la chapelle de la Blancarde. A cette date la Société comptait plus de deux cents religieuses, réparties entre vingttrois maisons. Mgr de Mazenod, qui mourut la même année, avait un tendre attachement pour la Compassion et pour son fondateur : « Le Père Barthès, disait-il, est un saint ; je ne saurais jamais penser à sa Congrégation sans m'écrier : Miracle ! »
Nous avons parlé en leur temps des œuvres créées dès
I . Cf . Vie du P. Jeau-François-Régis Barthès, par Eugène Seguin, i86'2, p. 17.
l'origine par les Jésuites de la Mission de France ; nous n'y reviendrons pas. De Naples, le Père Roothaan écrivait ses impressions au Père Ferrand, en même temps qu'au directeur du Cercle religieux : « Il n'est pas nécessaire queje vous dise le doux souvenir que je conserve de la maison de Marseille... J'ai voulu attirer sur elle l'attention et les bénédictions du vicaire de Jésus-Christ. Ce que j'ai vu chez vous a rempli une bonne partie de l'audience que j'ai obtenue le lendemain de mon arrivée... L'intérêt que Sa Sainteté a paru prendre à ce récit, du moment que je l'eus commencé, m'a permis d'entrer dans des détails sur l'Archiconfrérie du Saint-Cœur de Marie, sur la conférence Saint-Joseph, la Congrégation de Sainte-Anne et celle de l'Enfant-Jésus. Le Souverain Pontife vous bénit donc, mon Père, vous et tous les Pères et Frères de cette chère maison... » (18 Janvier 1850.)
Pendant le séjour du Père Général à Marseille et même après son départ, les Jésuites de la résidence avaient dû se consacrer à un autre ministère heureusement transitoire. On sait que, en 1849, le choléra fit pour la troisième fois son apparition en France. La ville de Marseille fut durement éprouvée. Quand le fléau fut éteint, les autorités civiles se firent un devoir de reconnaître les dévouements qui s'étaient manifestés à cette occasion. Voici un extrait de la lettre adressée au Supérieur de la Mission de France : « Les services que MM. les membres de votre communauté ont rendus à cette époque de douloureuse mémoire mériteraient à coup sûr l'attention du Conseil municipal qui, ne pouvant, à son grand regret, décerner une médaille à chacun de ces généreux citoyens, a voulu au moins témoigner sa reconnaissance à la communauté entière en la personne de son honorable Supérieur, et l'a porté sur la liste des personnes qui ont été reconnues dignes de cette récompense municipale. » {Le maire de Marseille, Chauléron, 13 Novembre 1850 «.)