CHAPITRE III
Vers le milieu de mai (1848) le Père Roothaan fut absent de Marseille pendant une dizaine de jours. En vertu de la consigne du silence, les Annales des maisons de la Compagnie ne parlent pas de la visite du Général. Mais dans une lettre adressée par lui au Père Maisounabe parti depuis peu pour l'Amérique, nous lisons : « Au cours de mon pèlerinage j'ai fait un bon triduum à Vais. » (17 Juin.) C'est sans doute au tombeau de saint François- Régis à Lalouvesc que le Père Roothaan s'en alla en pèlerinage, quelques semaines après son arrivée en France. De là il lui était facile de se rendre à Vais. Le scolasticat, qui réunissait Théologie et Philosophie, devenait en ces temps troublés le rendez-vous des étudiants expulsés des Provinces d'Italie. La communauté comptait déjà quatrevingt-quinze personnes en 1845; sur la fin de 1848 elle atteignait le chiffre de deux cent onze; c'était la maison la plus nombreuse de la Compagnie tout entière; les scolasliques avaient passé de soixante-dix à cent vingt-deux, et même à cent trente-huit, à l'automne de 1849. On a vu que la tourmente de 1845 s'était à peine fait sentir dans ce refuge de la piété et de l'étude. L'autorité civile s'était unie à la bienveillance épiscopale pour protéger un établissement que sa prospérité même exposait à plus de dangers. Nous en avons la preuve dans les remerciements que le Père Général leur faisait transmettre : « Je voudrais que Mgr Darcimoles sût que je le mets au premier rang des bienfaiteurs de la Compagnie. C'est à lui que nous devons la conservation de cette si chère et si importante maison de Vais. Si vous le jugez utile, vous pouvez dire à M. le préfet que vous ne m'avez pas laissé ignorer les bons offices qu'il nous a rendus, et que je vous ai chargé de lui en témoigner toute ma reconnaissance. » (4 Février 1846.)
Le Supérieur chargé de cette commission était le Père Jean-Baptiste Maisounabe, successeur du Père Louis Valantin depuis le 15 août 1842. 11 resta en charge pendant cinq ans jusqu'en mai 1847 qu'il alla organiser la Mission de la Nouvelle-Orléans. Vers cette date, le Père Julien Jordan, Provincial de Lyon (4 octobre 1846), rendait compte de sa première visite à Vais, en des termes qui sont le plus bel éloge de celui qui venait de partir: «Vais a surpassémes espérances : piété, régularité, dévouement, docilité, abnégation, amour de l'étude, amour de la Compagnie, voilà ce que j'ai trouvé généralement, surtout chez nos jeunes philosophes... Le Père Maisounabe a fait beaucoup de bien. La discipline a été rigoureusement en vigueur. Sa mission à Vais est accomplie. Le nouveau Recteur mettra les cœurs plus à l'aise, sans rien omettre, je l'espère, de ce qui est nécessaire pour maintenir l'esprit religieux et l'observation des règles...» (30 Mai 1847.) Le nouveau Recteur dont il est question ici était le Père Joseph Bon qui, malgré son âge peu avancé — il avait à peine quarante ans — venait de montrer dans le gouvernement delà résidence d'Aix beaucoup de tact et de maturité. Ces qualités allaient être bien plus nécessaires encore dans la populeuse communauté de Vais, où s'agitaient, comme nous le dirons bientôt, des questions troublantes.
Le Père de Ravignan avait terminé au carême de 1846 la série de ses conférences à Notre-Dame. L'épuisement de ses forces et ensuite la maladie ne lui permirent plus un apostolat aussi fatigant. Dès lors le Père Maillard avait espéré le ramener, au moins provisoirement, dans sa Province: « Nous allons penser encore plus sérieusement, écrivait-il, à préparer et à former des prédicateurs... Nous profiterons, le Père Rubillon et moi, du temps de repos qu'il faut bien donner à ce bon Père de Ravignan, pour l'environner d'un certain nombre de sujets à qui ses leçons, ses exemples et son expérience feront le plus grand bien- C'est à Dôle que nous placerons ce petit corps