CHAPITRE m
de travailleurs '.» Le Père de Ravignan se retira en efl'et au cours de l'été, non pas à Dôle, mais à Vais. Là, dit son biographe, conformément au désir des Pères Provinciaux, « l'orateur de Notre-Dame, se croyant au terme desa carrière, ouvrit un cours d'éloquence sacrée en faveur de ses jeunes frères appelés à prêcher un jour dans toutes les langues. L'apôtre épuisé emplo3^ait les restes de sa voix à former des apôtres. »
Quelques extraits des notes recueillies par ses disciples ne seront peut être pas déplacés ici. Il est piquantde voir quelle idée le conférencier de Notre-Dame se faisait du genre où il avait trouvé la gloire. « Je veux, disait-il, vous révéler le fond de ma pensée en ami véritable : Jamais, ou presque jamais, ne faites de conférences. Non, ne prenez point ce genre pour une foule de raisons : 11 est trop facile, il donne trop de prise à la vanité, il s'éloigne trop de la pratique... Enfin ce genre serait un danger pour la chaire. En vérité, il y a dix ans, je ne sais où nous serions tombés, si cette mode avait continué; tout le monde voulait faire des conférences. Sans doute, ily a des exceptions, de malheureuses nécessités : Notre-Dame en est une; c'est pour des conférences que l'œuvre a été fondée. Mais j'ai bien promis à Dieu que je ferai tous mes efforts pour qu'on ne suive pas ailleurs mon exemple. »
Sur la manière de préparer ses prédications le Père de Ravignan avait des principes sévères: « Il ne faut pas craindre sa peine; travaillez, patientez, souffrez; à ce prix vous obtiendrez cette pleine énergie qui emporte la conviction et la persuasion. La composition doit être un martyre, et il faut qu'on la trouve telle; sans quoi rien ou presque rien, en fait d'apostolat. Avoir de la peine est une nécessité pour opérer le bien. Que d'ennuis et de fatigues ! Souvent l'esprit ne sera que torpeur et impuissance, ne trouvera rien. Gela est bon ; cela rend humble et dévot; alors on recourt à Dieu, à la Sainte Vierge ; on devient