‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 85 sur 362 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Père de Ravignan que le Provincial de Lyon présenta tout d'abord au choix du Père Général. (23 Avril 1847.) Celuici, en désignant le Père Bon comme Recteur, ajoutait : « Je nomme le Père de Ravignan préfet des études ; mais il est bien entendu qu'il passera tous les ans deux ou trois mois à Paris. » (5 Mai 1847.) Dans une lettre postérieure, on voit que le Père Roothaan jugeait que « ces deux ou trois mois de séjour à Paris ne suiïiront pas au Père de Ravignan... Il conviendra de lui laisser à cet égard une certaine latitude. » (6 Juin.)

La Providence en disposa autrement. A ce moment le Père de Ravignan, terrassé par la maladie, cherchait dans les villes du Midi un air plus clément que celui des montagnes du Velay ; à l'approche de l'hiver il dut même partir pour Rome où il resta jusqu'au jour où la révolution italienne l'obligea à rentrer en France. (Mars 1848.) Avant la fin de l'année il devenait Supérieur de la maison de la rue de Sèvres; sur quoi son biographe fait la réflexion suivante : « Par un de ces jeux de la Providence, qui gouverne toujours le monde, alors même qu'elle semble l'abandonner à ses passions, nous verrons le Père de Ravignan accueillir à Paris le Révérend Père Général qui l'avait reçu à Rome. La République française, noble réparatrice des violences de la République romaine, aura cette mission glorieuse de rendre sa capitale au Pontife deux fois souverain et d'ouvrir un asile à la Compagnie exilée de tous les royaumes de l'Europe ^ »

Lorsque le Père Roothaan, quelques semaines après son arrivée en France, fit à Vais sa première visite, il fut, comme il le disait lui-même, tout « embaumé » par la ferveur de piété, de charité, d'esprit apostolique dont il y fut témoin. Cette impression ne fit sans doute que se confirmer, quand, au mois d'octobre suivant, il lui fut donné de toucher de plus près aux âmes dans l'intimité de la retraite. Toutefois, il y avait une ombre au tableau. En

i. Vie du P. X. de Ravignan. Tome I, p. 4 «7, io« édition, i8;6.

demandant le Père de Ravignan pour Supérieur du scolasticat, le Provincial de Lyon écrivait : « Lui seul, par sa vertu, sa science, son autorité, peut remédier au grand mal de Vais, l'esprit de système, parce que lui seul peut contrebalancer la réputation du Père Martin auprès des professeurs et des élèves. » (5 Mai 1847.) On entrevoit déjà la nature et la cause du mal auquel il s'agissait de porter remède : une déviation dans l'enseignement des sciences ecclésiastiques, un attachement excessif à des idées particulières, résultat de l'ascendant d'un maître. Ici il nous faut remonter à quelques années en arrière et toucher à une querelle métaphysique aujourd'hui assoupie, mais qui, pendant une partie du siècle dernier, a passionné nombre de belles intelligences.

L'origine des idées est assurément un des problèmes fondamentaux de la Logique générale. Sans entrer dans l'exposé des doctrines contradictoires, disons seulement que Platon a ouvert la voie au système ontologique, adopté par saint Augustin, saint Anselme, plus tard par Bossuet, Fénelon, Malebranche, Gerdil, ressuscité plus près de nous par Gioberti, Rosmini, et embrassé par toute l'école catholique non inspirée de saint Thomas et des principes péripatéticiens. Constatant que l'essence des choses, les vérités premières, telles que deux et deux font quatre, ou encore les grandes règles de l'ordre moral, sont choses immuables, éternelles, indépendantes de toute réalité contingente, aussi bien que de l'intelligence qui les perçoit, le philosophe ontologiste en conclut que ces vérités, il ne peut les voir qu'en Dieu lui-même qui seul est la vérité substantielle et éternelle. Et donc, la perception de Dieu, Etre infini, est naturelle et essentielle à l'homme. Dieu est la lumière de l'intelligence, par laquelle elle connaît toute chose et sans laquelle elle

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