CHAPITRE III
à la composition : « Sa Logique, écrivait encore son Supérieur, formera au moins trois volumes in-8°^ S'il faut s'en rapporter au jugement de plusieurs des Nôtres et même de plusieurs étrangers, le Père Martin est doué d'un génie très supérieur pour la Philosophie et pour la Théologie» Tous ceux qui le connaissent bien s'accordent à dire que nulle part ils n'ont trouvé un professeur ou un théologien de cette force. Quant à moi, je suis étonné de le voir dicter, sans rature, des volumes entiers sur des matières difficiles, et sans qu'il puise ailleurs que dans la méditation et dans sa mémoire tout ce qu'il dicte. On dirait qu'il n'oublie rien de ce qu'il a une fois médité et que sa tête est une bibliothèque philosophique et théologique. » (12 Octobre 1837.)
Les successeurs du Père Valantin ne professèrent pas moins d'admiration et d'attachement pour le maître. Le Père Maisounabe prenait sa défense dans une sorte de Mémoire adressé au Père Général en 1844. La méthode, aussi bien que la doctrine, avait besoin de ce plaidoyer : « Nos professeurs disait-il, appuient sans doute leurs leçons sur l'Ecriture sainte, sur les décisions de l'Eglise, sur la Tradition; mais dans leur enseignement ils s'appliquent surtout à développer les preuves de raison, de sorte que l'on pourrait peut-être appeler l'enseignement de la Théologie à Vais un enseignement métaphysicothéologique'^ . Ce genre a prévalu dans notre Province,
1. Cet ouvrage n'a pas vu le jour. Les autres écrits du Père Jean- Pierre Martin, à l'exception de son Traité du mariage, sont également restés en manuscrit. C'est sous le bénélice de cette observation qu'il faut accepter une Note de la Vie de Mgr d'Hulst (T. 1, p. io4) : » C'est en i86i que furent condamnées les sept propositions ontologistes extraites d'un livre du P. Martin, S. J. »
2, Voici le jugement que le P. Roolhaan formulait sur l'enseignement de Vais dans une lettre du 3 sept. 1849, au P. Maillard, désigné pour Provincial de Lyon :
« Dans l'enseignement de Vais, pour en dire quelque chose en ce moment, voici ce qu'il y a de blâmable : 1° Trop de rationalisme; la Philosophie domine la Théologie, tandis que, au contraire, c'est à la
depuis que le Père Martin a été chargé de professer la Théologie, et l'on prétend y trouver de grands avantages. Cette méthode forme et développe davantage l'intelligence ; elle donne sur l'ensemble de la doctrine catholique des idées plus vastes, plus élevées... Avec ce genre d'enseignement la plupart des professeurs, qui ont été chargés successivement d'enseigner le dogme à Vais, ont adopté les sentiments théologiques du Père Martin sur la création et sur d'autres points. Si les projets du Père Provincial pour l'année prochaine peuvent se réaliser, nous aurons trois professeurs fortement attachés à la doctrine du Père Martin... Ce qui ajoutera encore de la force à cette espèce de consécration de la doctrine du Père Martin, c'est que.., sur ma demande expresse, le Père du Bourg sera nommé préfet des études... » (8 Juillet 1844.) Cependant le Père Maisounabe demandait une direction, tout disposé à la suivre. Le Père Bon soutint plus chaudement encore la cause énergiquement combattue sous son rectorat. Elle avait, comme nous le voyons, les sympathies du Père Maillard ; elle trouva au contraire, dans son successeur, un adversaire déclaré.
Maison n'avait pas attendu jusqu'à la nomination du Père Jordan comme Provincial de Lyon pour réclamer contre ce qu'on appelait « le système de Vais ». Déjà aux alentours de 1840 on perçoit dans la correspondance l'écho des batailles scolastiques. Le Père Général s'étonne que l'on ait confié à la direction du Père Martin quelques
Théologie, la doctrine de la foi, qu'il appartient de dominer la Philosophie et toutes les sciences. 2" En particulier, l'idée innée de Dieu portée trop loin. La connaissance de Dieu se déduit des notions générales d'être, de bien, etc.; mais ces notions, telles que l'âme les a naturellement, ne sont pas la connaissance de Dieu. 3° Le surnaturel disparaît. On paraît ne rien voir d'intermédiaire entre le pur naturel et Dieu; le surnaturel, semble-t-on dire, est Dieu lui-même, ce qui n'est pas doctrina commnnior et snlidior. — Un professeur peut entendre sainement ce qu'il enseigne; mais si sa manière de parler conduit sur le bord du précipice, il ne peut être que très dangereux pour le bien de ses élèves. »