‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 3)Chapitre 90 sur 362 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

en soixante-dix à quatre-vingts pages une Note assez vive pour se justifier. « Ses explications, écrivait le Père Roothaan, ont prouvé, paraît-il, que sa doctrine est orthodoxe. Il avait composé son traité avant de connaître l'irruption en France des systèmes allemands, où le sens de plusieurs mots, Etre^ par exemple, est si étrangement altéré. N'ayant pas ce danger présent à l'esprit, il a pu employer des expressions contestables. » (10 Février 1845.) Quoi qu'il en soit d'ailleurs du philosophe et du théologien, hâtonsnous de dire que le religieux se montra toujours irréprochable. Chargé de transmettre au Père Martin les remarques assez dures que provoquaient ses écrits, le Père Maillard ne pouvait s'empêcher, disait-il, « d'admirer la modestie vraiment admirable de cet excellent Père ». De son côté le Père Roothaan se faisait un devoir en toute occasion de rappeler les égards dus au professeur et à l'écrivain « qui en toute cette affaire a donné de grandes preuves d'une vertu solide ». (5 Février 1841.)

En 1847 la controverse n'était point apaisée, aucune décision n'avait été prise relativement à la doctrine, mais des mutations furent faites dans le personnel dirigeant, Provincial, Recteur, Préfet des études : « Je vous recommande de nouveau, écrivait le Père Général, à l'égard du Père Martin, tous les ménagements qu'exige la charité chrétienne et bien plus encore la charité des Supérieurs dans la Compagnie... 11 verra d'ailleurs avec plaisir la rentrée du Père de Ravignan dans la Province et son séjour à Vais avec le titre de Préfet des études... Évitez de donner à ces changements une apparence de récrimination et de réaction... » (8 Mai 1847.) Vers ce même temps, le nouveau Provincial faisait pour la première fois la visite canonique de Vais. Après avoir rendu, sur un ton voisin de l'enthousiasme, témoignage au bon esprit delà maison, il s'étend très longuement sur la réforme à introduire dans les études : «Le Père Martin, dit-il, n'est pas exclusif dans sa doctrine...; mais les disciples n'ont pas l'habileté de leur maître pour se dégager des conséquences

OÙ certaines propositions semblent conduire. Ils sont tout étonnés en sortant de leurs cours, de voir que l'on peut admettre des doctrines différentes et trouver quelque chose de passable dans Suarez et saint Thomas. La réaction est donc nécessaire, mais elle se fera d'une manière pacifique... Tout est bien disposé. Le Père Martin ne sera nullement froissé. Tous ceux qui forment le gouvernement de Vais sont pleins d'égards et de vénération pour lui... » (30 Mai 1847.)

Telle était la situation lorsque le Père Roothaan vint, par deux fois, à Vais en 1848. Il put alors se convaincre par lui-même de la nécessité d'une solution, que l'arrivée des Jésuites d'Italie et d'Allemagne allait rendre encore plus urgente. Dans les derniers jours de l'année le Père Bon lui écrivait : « La maison compte deux cent dix personnes. La présence d'un si grand nombre d'hôtes, hors de toute proportion avec le local, l'ameublement, les ressources, nous jette nécessairement dans quelque embarras, occasionne quelques souffrances et donne par là même une grande place à la pratique de l'abnégation... Nous avons ici des hommes de diverses Provinces qui viennent avec des opinions toutes faites et qui, pour bien des raisons, ont peine à se plier aux idées qu'on leur expose. Les Allemands ont leur mode et leur système, les Romains également, les Piémontais tout de même. De là des difficultés dont on ne peut s'étonner. Malgré tout, la piété, la ferveur, la régularité, la charité régnent d'une manière très consolante. » (28 Décembre 1848.)

De fait le conflitétait dès lors plus aigu que ne le disait le Supérieur, et pendant toute l'année nouvelle il allait sévir chaque jour davantage. Des professeurs italiens les PP. Marchetti, Franco, Rostagno avaient dès lors rédigé leurs réquisitoires contre l'enseignement du scolasticat, et les avaient adressés au Père Général et à ses Assistants. (14 et 15 Janvier 1849.) Sur lés observations envoyées de Marseille au Père Bon, celui-ci répondait au Père

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