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CHAPITRE IV

Père Chaignon, dit-il, la Compagnie de Jésus, si féconde en grands serviteurs de Dieu, perd l'un des hommes qui l'auront le plus honorée dans ce siècle par l'éclat de leurs vertus et par le mérite de leurs prédications1. »

Les prédicateurs de retraites pastorales seront partout et toujours peu nombreux; dans le quart de siècle qui finit à 1850, la Compagnie de Jésus en fournit peut-être une douzaine; le chiffre ne laisse pas que d'être considérable. Le Père Druilhet ne faisait pas difficulté de reconnaître que d'autres y déployaient « plus de talent et d'éloquence » ; mais, ajoutait-il, « ce n'est pas ce qui importe le plus dans ce grave et redoutable ministère ». Fidèles à leurs traditions et à leurs règles, les disciples de saint Ignace s'en tenaient à l'esprit du livre des Exercices. Il fut toujours pour eux la lumière qui éclaira leur marche, en même temps qu'une barrière qui leur interdit certaines voies peu sûres où l'orateur risque de se chercher lui-même plutôt que le bien spirituel de ceux qui l'écoutent.

Cette même doctrine les Jésuites l'appliquaient dans les innombrables retraites qu'ils donnaient à des réunions de toute sorte, communautés religieuses d'hommes et de femmes, Grands et Petits Séminaires, collèges, pensionnats, confréries, etc. Ce fut une de leurs occupations ordinaires; ceux qui dans les Catalogues portent le nom d'ouvriers, operarii, y passaient une grande partie de l'année. Ce genre de ministère, si utile d'ailleurs et si fécond, offre peu d'éléments à l'Histoire ; les Lettres annuelles elles-mêmes n'en parlent que fort peu; la plupart du temps elles se bornent à les mentionner dans les statistiques. Nous y voyons que, dans la dernière décade (1840- 1850), chacune des deux Provinces accuse annuellement

i.Cf. Vie du R. P. Ckai^non, 1791- t883, par le P. Xavier-Auguste Séjourné, Paris, Retaux-Bray, 1888.

un total de cinq à six cents retraites publiques. Quant aux retraites paroissiales et aux Missions qui ne sont autre chose que la retraite prêchée à toute une population, on a vu (à et là au cours de ce récit quelle place elles eurent dans la vie des Jésuites à l'époque dont nous parlons. Un grand nombre d'entre eux furent plus ou moins exclusivement missionnaires. Ici les documents de famille sont abondamment fournis; les Lettres annuelles relatent, avec une édifiante monotonie, les expéditions apostoliques, les difficultés qu'on y rencontre, les succès qu'on y moissonne, lesretoursdeségarés, les conversions des pécheurs de marque, les actes de vertu dignes de mémoire, les manifestations de la miséricorde et parfois de la justice divine. L'Histoire ne peut guère entrer dans ce détail ; ici encore elle se borne à enregistrer des chiffres. Il s'agit de Missions proprement dites, données généralement par deux Pères et l'espace de deux à quatre semaines. Pour l'année 1845-1846, au lendemain de la bourrasque, nous en trouvons dans la Province de Paris 186, dans la Province de Lyon 99; soit au total 285.

Il y eut toutefois sous le régime républicain de 1848 une campagne apostolique qui peut bien passer pour l'épisode le plus extraordinaire de l'histoire des Missions à l'intérieur pendant tout le xixe siècle.

Dès l'année 1847, l'abbé Larroque, aumônier des Invalides, avait obtenu l'autorisation de prêcher aux galériens de Brest. En 1849, les Jésuites sollicitèrent la faveur de donner la Mission dans les trois bagnes de France, Toulon, Brest et Rochefort. Voici, d'après Léon Aubineau^ comment leur requête parvint jusqu'à celui qui pouvait l'exaucer. Un Jésuite appelé à Toulon par son ministère est témoin de la vie des forçats; la pensée lui vient d'évangéliser ces malheureux; il s'en entretient d'abord avec l'aumônier, puis de retour à Lyon, avec les Pères de la résidence. Le Père Brumauld s'y trouvait de passage, venant d'Algérie et se rendant à Paris pour traiter des

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