‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 103 sur 324 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

au choix des évêques qu'il était hors d'état de répondre à toutes leurs invitations. Une retraite achevée, il se voyait pressé de revenir et obligé d'en prendre l'engagement. En vain prétendait-il qu'il lui faudrait se répéter : « C'est précisément, lui répondait en 1848 l'évêque de Metz, Mgr Dupont des Loges, parce que mon clergé vous a déjà entendu, que nous désirons vous entendre encore. » Rappelé à Vannes en 1864, à l'âge de soixante-treize ans, il se présentait ainsi lui-même à son auditoire : « Quant à celui que votre évêque a choisi pour son organe, je n'ai rien à vous en dire ; c'est pour la septième fois qu'il vient s'édifier au milieu de vous. » — « Je remercie le bon Dieu, lui écrit le cardinal de la Tour d'Auvergne, évêque d'Arras, du présent inappréciable qu'il m'a fait en vous envoyant évangéliser mes prêtres. Tous vous bénissent et font des vœux pour que vous reveniez. » Il y dut revenir, en effet, à la prière de Mgr Parisis, successeur du cardinal. Le Père Chaignon, ayant donné six fois la retraite au clergé d'Arras, essaya de faire agréer ses excuses : « Venez quand même, répondit l'évêque ; nous serons si heureux de goûter de nouveau ce que nous avons déjà entendu. » On l'entendit donc une septième et une huitième fois.

Nous n'avons point à dire par quel ensemble de qualités oratoires ou autres le Père Chaignon avait à ce point conquis la faveur, ou ce qui est plus exact, la confiance de ses frères dans le sacerdoce, qui lui permit d'exercer sur eux une action aussi heureuse qu'indiscutable. Pour nous servir des paroles de son biographe, c'était « un merveilleux mélange de dignité sacerdotale, de force, de logique, de chaleur et d'onction ». D'après le sentiment d'un grand nombre de bons juges, « nulle parole n'a été plus égaie à elle-même et mieux appropriée aux besoins des prêtres » ; ce qui explique l'opinion souvent exprimée par ceux qui le virent à l'œuvre : « Le Père Chaignon ne sera jamais remplacé pour les retraites pastorales. »

Il ne fut pas seulement pour le clergé un prédicateur accompli; pour un grand nombre de prêtres éminents,

pour des évèques même il fut un confident et un directeur d'âmes. De là une correspondance infinie qui s'étendait à tous les diocèses de France et à laquelle toute son activité ne parvenait pas à suffire. « Vous m'aviez promis, lui écrivait l'archevêque de Besançon, Mgr Mathieu, de m'envoyer des ohservations sur moi et notre clergé, et je ne vois rien arriver... Ne me privez pas de ce bien spirituel. J'ai le désir de connaître mes défauts et mes manquements et de m'en corriger, comme aussi de procurer la gloire de Dieu en moi et dans les autres, autant que possible. » A l'âge de soixante-quinze ans il prêcha encore les retraites pastorales de cinq ou six diocèses; ce furent les dernières. Il ne parla plus dès lors que devant des auditoires moins imposants, dans les communautés, les pensionnats, les Petits Séminaires.

Ces travaux d'ailleurs ne lui faisaient pas perdre de vue ce qui avait été la grande préoccupation de sa vie, la sanctification du clergé. Il lui laissait un mémorial de ses prédications dans son Cours de méditations sacerdotales* . « Par une disposition miséricordieuse et providentielle, dont nous voulons être reconnaissant jusqu'au dernier moment de notre vie, écrivait-il dans l'Introduction, Dieu a daigné se servir de notre organe pendant plus de trente ans. pour rappeler à ses ministres les glorieux privilèges et les obligations si graves du prêtre et du pasteur. » Cet ouvrage, classique du genre, avec ses nombreuses éditions et ses multiples traductions, a étendu dans le temps et dans l'espace l'écho de la parole du Père Chaignon et confirmé le titre d' « apôtre du clergé » que lui avaient valu ses trente-trois campagnes de retraites pastorales. Il mourut le 21 septembre 1883, âgé de quatre-vingtdouze ans; l'illustre évêque d'Angers, Mgr Freppel, présida ses funérailles, et après avoir résumé en quelques traits cette longue et belle vie : « Dans la personne du

i. Nouveau Cours de méditations sacerdotales ou le Prêtre sanctifié par la pratique de l'oraison. ue édition, 5 vol. 1888.

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