‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 114 sur 324 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

D'après l'article 10 des statuts, « on pourra aussi se livrer à la composition d'ouvrages utiles, et publier, quand l'occasion para îtra favorable, un nouveau Journal de Trévoux, en forme de revue mensuelle... » Dès lors l'idée d'une publication périodique hantait, comme nous le verrons, le cerveau de plus d'un Jésuite français. Poulie moment on créait dans la maison de Fourvière un comité ou collège d'écrivains dont la circulaire donne les noms. Ce sont les PP. Jean-Pierre Martin, Dominique Bouix, Balandret, Deschamps et Périé. Il ne semble pas que, dans ce petit cénacle, on se soit particulièrement occupé de rééditions. L'état des esprits, la chaleur des controverses demandait alors aux prêtres qui pouvaient tenir une plume des travaux moins impersonnels et moins pacifiques.

L'abbé Gattet, vicaire général de Lyon, s'en expliquait en termes assez vifs dans une lettre au Père Roothaan, à qui il faisait hommage d'un de ses livres : « C'est, dit-il, Mgr le cardinal de Bonald qui a bien voulu me charger de soutenir la lutte, malgré toute mon incapacité, contre les ministres protestants nouvellement arrivés à Lyon et qui s'efforcent d'infecter de leur hérésie notre population toute catholique... En face des erreurs qui nous débordent, nous sommes, faute de combattants, réduits à l'inertie, au silence... C'est le côté le plus fâcheux de l'Eglise de France de manquer d'hommes, de prêtres savants. Le clergé n'a pas été assez formé; il est absorbé parle ministère, et d'autre part on ne peut s'adresser aux religieux qu'on a trouvé le moyen d'effrayer. Je sais que vous ne craignez pas pour vous-même, et que ce n'est qu'à regret que vous restreignez dans des bornes plus étroites le zèle de vos Pères de France. Mais, franchement, n'est-ce pas servir les desseins de l'impiété?.. Nous aussi, nous passons pour des Jésuites lorsque nous nous posons en défenseurs delà religion; il faudra donc aussi nous taire ?.. Quand les véritables Jésuites se cacheraient au plus profond de la terre, on s'en prendrait encore

à eux de tout ce qui se fait pour la cause de l'Eglise... » Sans doute, disait en terminant l'abbé Gattet, « les disciples de saint Ignace rendent de grands services par leur activité et leur dévouement dans l'exercice du ministère sacerdotal, mais n'en rendraient-ils pas de plus grands encore par la plume ? » (26 Décembre 1846.)

L'excellent homme se faisait une idée trop avantageuse des Jésuites; eux aussi se plaignaient du manque de préparation et de capacité; mais d'ailleurs les documents de famille témoignent qu'un grand nombre d'entre eux partageaient la manière de voir du vicaire général sur l'importance de l'apostolat par la presse. Le Père Delvaux spécialement y poussait de toute son ardeur et de toute son autorité les membres de la Compagnie. « Si saint Ignace, écrivait-il, avait vu son Ordre chassé quelque part de l'enseignement des collèges, mais libre d'entrer dans l'enseignement par les publications, ne lui aurait-il pas fait un devoir de s'y consacrer? » (6 Mai 1841.)

Aussi bien, sans répondre à tous les besoins de la défense religieuse, la production des Jésuites français entre 1830 et 1850 ne laisse pas que d'être considérable. Beaucoup de ces écrits ne sont pas signés, et quand ils le sont, le nom de l'auteur n'est pas accompagné de sa qualité de Jésuite. Génin, on se le rappelle, remarquait que l'opuscule du Père de Ravignan en 1843 était le premier imprimé portant à la suite du nom de l'auteur la mention « de la Compagnie de Jésus ». C'était la conséquence du système d'incognito auquel les Pères se condamnaient depuis trente ans. Ce n'est pas ici le lieu de faire l'inventaire de cette librairie, où la piété et l'hagiographie occupent la plus grande place; plusieurs de ces ouvrages ont d'ailleurs été déjà signalés au cours de cette Histoire; il nous reste toutefois à en citer quelques-uns qui, à des titres divers, s'imposent à l'attention.

Pour ce qui est des sciences sacrées, les Jésuites modernes ont reçu de leurs devanciers un lourd héritage. Les théologiens de la Compagnie de Jésus au xvi* et au

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