‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 115 sur 324 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

xvii9 siècle furent des maîtres hors de pair. Pendant les années qui suivirent le rétablissement, on eut assez à faire de se mettre à leur école pour tâcher de renouer la tradition. Avant 1840 aucun ouvrage de Théologie ne paraît avec le nom d'un Jésuite français. Cependant, vers 1837, M. Carrière, prêtre de Sainl-Sulpice , avait, dans son Traité du Mariage, soutenu la thèse gallicane qui reconnaît au pouvoir civil le droit d'établir des empêchements dirimants. Le Père Roothaan exprima aux Provinciaux de France son désir de voir réfuter par quelqu'un des leurs une doctrine que l'on considérait à Rome comme suflisamment condamnée par l'Eglise. On engagerait M. Carrière à se rétracter. Le Père Jean-Pierre Martin parut tout désigné pour ce travail, qui fut terminé en moins de deux ans. Le cadre s'était élargi; le théologien avait envisagé de haut la question qui lui paraissait d'importance capitale; car la concession faite au pouvoir civil ouvrait une porte par où passerait tout le système du laïcisme. Dans une série de spéculations très élevées il établissait d'abord la nature du mariage chrétien ; ce serait la matière d'un premier volume; le second démontrait qu'à l'autorité spirituelle de l'Eglise appartient exclusivement un pouvoir qui atteint l'essence même du contrat élevé à la dignité de sacrement. Le tout ne remplirait pas moins de treize cents pages in-8°.

La publication n'alla pas sans quelques difficultés ni contradictions, qui donnèrent à l'auteur l'occasion de montrer une patience et une modestie assez rares chez les hommes de science. L'ouvrage parut enfin en 1844 *. Entre temps des lettres avaient été échangées entre le Jésuite et le Sulpicien, lettres qui témoignent de la parfaite droiture d'intention chez l'un comme chez l'autre. Le Père Martin prévient M. Carrière; la réfutation est prête,

i. De matrimonio et potestate ipsum dirimendi Ecclesiae soli exclusive propria. Paris et Lyon, Périsse, i844- a vol. 8', pp. cxvi-5ai et

mais s'il y a rétractation, elle ne verra pas le jour. M. Carrière répond qu'il a enseigné ce qu'il croit être la vérité; qu'on lui montre son erreur, et il changera d'opinion. On peut croire que c'est en effet ce qui arriva; l'auteur n'en fait pas l'aveu; mais le long paragraphe, consacré au pouvoir des princes dans l'édition de 1837, a complètement disparu dans celle de 1859, accurate emendata. Il n'est pas téméraire de penser que la discussion si approfondie du Jésuite fut pour quelque chose dans cette suppression. Le Père Jean-Pierre Martin a laissé plusieurs manuscrits considérables sur les matières de Philosophie et de Théologie. Esprit puissant et original, il était de ceux qui ouvrent aux intelligences des voies nouvelles. Seulement, comme on l'a vu plus haut, ses ouvrages étaient imprégnés des théories ontologistes que la Compagnie de Jésus ne pouvait couvrir de son patronage.

L'œuvre théologique du Père Jean-Pierre Gury appartient à la même époque; tout ce qu'il a publié était en effet rédigé en 1850, date de l'apparition du Compendium qui allait avoir une fortune si extraordinaire. Appelé à Rome où sa réputation l'avait précédé, il occupait la chaire de Théologie morale au Collège romain lors des événements de 1848. Ses leçons y furent lithographiées, avec l'approbation du Maître du Sacré Palais. A son retour en France, on le pressa de les publier. A cette nouvelle, écrivait plus tard le Père Roothaan, « je recommandai de faire examiner le livre avec le plus grand soin. Ce n'est pas que je doutasse le moins du monde de l'exactitude de la doctrine ; c'est uniquement par la considération qu'un nouveau Compendium publié par un membre de la Compagnie, s'il n'était pas d'une perfection non commune, me semblait absolument un hors-d'œuvre, vu la multitude déjà existante de Compendium, et en particulier de celui de Busembaum, dont le mérite venait d'être reconnu après tant de déclamations des Jansénistes, et dont de belles éditions, corrigées et enrichies de précieuses additions, ve-

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