CHAPITRE V
I. — La reprise des Missions d'outre-mer. Les nouveaux Jésuites émules de leurs devanciers dans l'apostolat auprès des infidèles. La Mission d'Orient. Les premiers missionnaires abordent en Syrie en i83i. Établissements au Liban. Les Lazaristes à Antoura. Mauvais vouloir du Gouvernement français. Manœuvres de M. Guizot pour évincer les Jésuites. On leur offre le collège de Smyrne. M. Guizot le fait attribuer aux Lazaristes. Les entraves et les diilicultés de toute sorte n'arrêtent point les Jésuites. Hésitations et tâtonnements des premières années. Période troublée après i85o. Effervescence du monde musulman. Massacres de 1860. Cinq Jésuites mis à mort. L'œuvre accomplie. Quelques ouvriers de la première heure. Le « saint P. Estève ».
II. — La Mission du Maduré. Le schisme goanais. Tribulations des missionnaires à leur arrivée. Le choléra les moissonne. L' « Appel aux Braves ». Nouvelles victimes. Une cruelle expérience rend les missionnaires plus prudents. Le P. Joseph Bertrand en Europe. Un premier vicaire apostolique. Résistances du P. Général. Mgr Canoz. Le collège Saint- Joseph.
III. — Mission de Madagascar. Les origines. Les abbés de Solages et Dalmont. L'abbé Dalmont demande le secours de la Compagnie. Les trois premiers Jésuites missionnaires débarquent à Bourbon. Tentatives sur la Grande-Terre. Dans la baie de Saint-Augustin. A Tuléar. Mort de l'abbé Dalmont et de l'abbé Monnet. Les Jésuites aux Petites- Iles. Le Père Jouen. Première messe à Tananarive.
IV. — Mission de Chine. Requête des chrétiens chinois. Mgr de Bési demande et obtient des auxiliaires Jésuites. Le P. Claude Gotteland. Le P. François Estève. La reine Marie- Amélie. Voyage de quatorze mois. Les vues du vicaire apostolique incompatibles avec la vie religieuse. Sa démission. Mgr Maresca. On constate que la situation est intolérable. Nécessité de donnera la Mission un vicaire apostolique choisi parmi les religieux. Le P. André Borgniet, vicaire apostolique de Kiang-nan. Le Tché-ly Sud-Est. Mgr Languillat. Il faut renoncer à aller au Japon.
V. — Mission de l'Amérique du Nord. Les collèges de Sainte-Marie et de Louisville au Kentucky. Le P. Boulanger, Visiteur et Supérieur. La Compagnie à Fordham. Le collège de New- York.
La Compagnie de Jésus. t"
Nous n'avons pas à rappeler ici les travaux et les conquêtes des anciens Jésuites dans le champ de l'apostolat auprès des nations lointaines, non plus que la désolation qui s'abattit sur ces florissantes chrétientés d'outre-mer après la destruction de la Compagnie. Lorsqu'elle fut rappelée à la vie par la Bulle de 1814, elle ne put tout d'abord songer à réparer tant de ruines ; les jeunes Provinces avaient besoin de se fortifier au dedans, avant de s'élancer dans la carrière où les fils de saint Ignace avaient recueilli de si belles moissons, au prix de tant de sueurs et de tant de sang.
C'est en 1823, semble-t-il, que s'ouvre pour la nouvelle Compagnie de Jésus la période des Missions étrangères, avec l'arrivée des Pères Belges parmi les tribus indiennes du Missouri. Dans une lettre circulaire adressée aux Jésuites français, le 1er octobre 1826, le PèreGodinot dépeignait ainsi l'existence des missionnaires : « A vingt milles environ de la pauvre petite ville où réside l'évêque de Saint-Louis, vivent dans des cabanes treize des Nôtres, quatre prêtres, six scolastiques et trois Frères coadjuteurs, travaillant de leurs mains, à la mode apostolique. Pour se procurer le vivre et le couvert à eux et aux vingt-cinq enfants qu'ils ont recueillis chez diverses peuplades sauvages, ils cultivent quelques morceaux de terre ; ils se nourrissent de pain, quand ils en ont, et de pommes de terre. Malgré tout, ils exercent un apostolat très actif auprès des catholiques et des dissidents. » Le Provincial terminait en sollicitant la charité de ses frères pour la Mission naissante. Les années suivantes amènent quelques départs individuels pour l'Amérique ou l'Orient ; puis le 3 décembre 1833, en la fête de saint François-Xavier, le Père Roothaan lance à la Compagnie toute entière ce que l'on pourrait appeler un ordre du jour pour la reprise des Missions lointaines : « Pour remplir, dit-il, le devoir