CHAPITRE V
de ma charge, d'abord je vous invite et vous exhorte tous, de la manière la plus pressante, à ne rien omettre pour ressusciter en vous l'esprit de votre vocation. Que ceux ensuite en qui le Ciel fera naître le désir de cet apostolat le regardent comme une grâce insigne, lui ouvrent leur âme toute grande et l'entretiennent avec soin; qu'ils s'offrent souvent à Dieu pour que sa sainte volonté leur en accorde un jour l'accomplissement, et que, après en avoir conféré avec le guide de leur conscience, ils ne manquent pas, soit par eux-mêmes, soit par leur Provincial, de nous faire passer leurs noms pour être inscrits au nombre des aspirants à un si glorieux ministère.
« Les Provinciaux ne doivent pas regarder les sacrifices qui en résulteront comme de véritables pertes... Il n'est pas nécessaire d'attendre qu'une Province soit assez fournie de sujets pour pouvoir donner aux Missions quelque chose de son abondance, et pour ainsi dire, de son superflu. Jésus-Christ, voulant que chacun se plaise à donner, même de sa pauvreté, et se tienne assuré que ce qu'il aura donné ainsi lui sera rendu avec usure par la Bonté divine, dit : Donnez et on vous donnera, Date et dabitur vobis. Ainsi devons-nous être persuadés que, plus une Province se montrera libérale en ce qui tient à cette œuvre, plus elle donnera de bon cœur à Dieu et aux Missions ses meilleurs et ses plus utiles sujets, plus aussi la Bonté divine aura soin de l'enrichir de nouvelles recrues et de sujets non moins précieux. »
A partir de ce moment l'élan était donné ; il ne devait plus se ralentir. Les Jésuites du xixe siècle se sont consacrés aux Missions étrangères avec une ardeur ni moins généreuse ni moins féconde que celle de leurs devanciers ; leur apostolat s'est étendu aux cinq parties du monde. Après quatre-vingts ans, la Compagnie de Jésus, bien que beaucoup moins nombreuse qu'à la veille de sa suppression, se présente avec un chiffre de missionnaires supérieur à celui qu'elle avait alors : 3.700 en 1914, contre 3.500 environ en 1749. Sur cet effectif total, la part de
la France atteint presque un millier de religieux, répartis entre neuf Missions. Nous ne comptons pas clans ce total les Missions des États-Unis et du Canada, fondées et entretenues longtemps par les Provinces françaises et devenues à leur tour de florissantes Provinces. Presque toutes ces Missions ont pris naissance à l'époque qui nous occupe. A l'occasion du Centenaire, chacune d'elles a été ou sera l'objet d'une publication spéciale ; nous y renvoyons le lecteur l. De leurs origines et de leurs débuts nous dirons ici seulement ce qui rentre dans le cadre de notre Histoire.
Celle qui se présente la première par rang d'ancienneté est la Mission de Syrie. Les Archives romaines renferment un rapport adressé au Pape Pie VII par les Procureurs généraux des quatre nations : Grecque, Arménienne, Maronite et Syrienne. Ils exposent la situation des missionnaires latins dans le Levant et demandent le retour de la Compagnie de Jésus que Sa Sainteté vient de rétablir. Le document porte la date du 25 juillet 1816. Onze ans plus tard, en 1827, une Note sur l'état du catholicisme en Orient était remise à la Propagande ; elle se termine ainsi : « Telle
i . Histoire de la Mission de Syrie, par le P. Michel Julien, S.J., i vol. 8°. — Histoire de la Mission du Kiang-Nan, par Joseph de la Servière, S. J., Docteur es Lettres, professeur d'Histoire ecclésiastique au séminaire de Théologie de Zi-Ka-Wei, 1840-1878.2 vol. 8°. Zi-Ka-Wei près Chang-Hai, j 9 1 4. — La France à Madagascar par Pierre Suau, S. J. In-8°. Paris. Perrin, 1909. — Vingt ans à Madagascar, parles PP. Abinal et de la Yaissière, LecofFre, i885. — Histoire de la Mission du Maduré, par le Père Joseph Bertrand. 5 vol. 8°. Paris, Poussielgue, 1847-» 854- — La Mission du Maduré, par Léon Besse, S.J. Grand in-8\ Trichinopoly, 1914. — Coup d' œil sur l'Arménie, par le P. Amédée de Damas, S. J. — History of the Society of Jésus in North America Fédéral and Colonial, by Thomas Hugues. 4 vol. 8°. Longmans, Green et C°, London, 1908. — La Mission de Cayenne par le P. de Montézon. In-12. Douniol. 1 858.
En outre différentes Biographies : Mgr Canoz, par le P. Suau; Mgr Dubar, par le P. Leboucq; Mgr Languillat, par l'abbé Pierre. Le P. Saint- Cyr ; Le P. Verdier, par le P. Dessal, etc.