‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 129 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

est l'opinion de M. Reygnault, consul de S. M. Très Chrétienne dans la basse Syrie. Cet homme, aussi distingué par son zèle pour le bien de la religion et l'honneur de la France que par ses talents, est intimement persuadé que les Jésuites seuls peuvent soutenir l'édifice de la Religion qui menace ruine dans ces pays... » A peine élu Général de la Compagnie, le Père Roothaan recevait des lettres pressantes du patriarche des Maronites et d'autres prélats orientaux. Enfin Mgr Mazlum, archevêque deMyreet plus tard patriarche de la Nation grecque, étant venu à Rome, repartit en compagnie de trois Jésuites, les PP. Riccadona et Planchet et le Frère coadjuteur Menze. Ils s'embarquèrent à Livourne le 9 octobre 1831, et après une traversée de trente-cinq jours arrivèrent à Beyrouth le 13 novembre. Ils s'employèrent tout d'abord, comme il avait été convenu, au séminaire d'Aïn-Traz; mais bientôt la confiance des populations, chez qui le souvenir des anciens Jésuites était resté vivant, ouvrit à leur activité un champ plus vaste. Nombre de postes leur furent offerts, entre lesquels il leur fallait choisir. Ils se décidèrent pour deux localités du Liban, appelées Maalhaka et Bikfaya ; elles devinrent le berceau de la nouvelle Mission des Jésuites en Orient.

Leur situation fut pendant bien des années mai définie et, de plus, fort délicate. Les Lazaristes avaient pris la succession de la Compagnie éteinte par le Bref de Clément XIV; ils y étaient avec l'appui du Gouvernement français qui entendait disposer de tous les établissements des missionnaires. Entre Jésuites et Lazaristes ses préférences n'étaient pas douteuses. C'est ainsi que le collège d'Antoura fut attribué aux Lazaristes, malgré les efforts du Père Riccadona qui le revendiquait comme ayant appartenu à la Compagnie de Jésus et en vertu même des titres de sa fondation. Pour répondre au vœu des populations, les Pères adjoignirent des écoles à leurs résidences; celle de Maalhaka ne compta pas moins de 500 élèves. En même temps ils donnaient leurs soins à

l'instruction et à la réforme du clergé séculier et régulier des différentes Nations. L'érection d'un séminaire commun à tous les rites orientaux fut dès l'origine l'objet principal de leurs désirs et de leurs efforts; ils y étaient d'ailleurs fortement encouragés par la Propagande. Pendant des années on hésita sur le lieu où il convenait d'établir ce séminaire. Beyrouth parut l'emporter tout d'abord; on y entreprit une construction qui fut traversée de tous les incidents accoutumés sous le régime ottoman; inutile de les raconter ici. N'étant point soutenus par le Gouvernement français, les Jésuites durent renoncer à triompher des obslacles qu'on leur suscitait. Finalement ce fut la petite ville de Ghazir au Liban qui fixa leur choix. Un émir catholique leur cédait à des conditions douces une vaste demeure. C'est là que fut installé le séminaire-collège d'où sortirent pendant plus d'un quart de siècle des prêtres, des religieux, des évoques qui font honneur aux églises d'Orient.

Cependant, le nombre des missionnaires augmentait ; après les deux premiers Supérieurs italiens, les PP. Riccadona et Ryllo, le Père Benoît Planchet était mis à la tète de la Mission. (1841 .) Rattachée en apparence à la Province romaine, elle dépendait en réalité uniquement du Père Général. Au mois de septembre 1843, elle fut attribuée à la Province de Lyon. Celte marque de déférence donnée au Gouvernement français ne désarma point les préventions de M. Guizot qui continua à contrecarrer de tout son pouvoir l'œuvre des Jésuites en Orient. La correspondance diplomatique du ministre des Affaires étrangères avec les ambassadeurs et les consuls renferme à cet égard des révélations parfaitement explicites.

Dès le 8 janvier 1844, M. Guizot transmet au marquis de Latour-Maubourg une dépêche confidentielle du baron de Bourquenay, ambassadeur à Constantinople, lequel se plaint des agissements des Jésuites en Syrie. Le séminaire qu'ils tentent d'ériger à Ghazir n'a pour but que de faire concurrence au collège des Lazaristes à Antoura. Les

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