‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 133 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

connivence des autorités turques; toute la Montagne fut mise à feu et à sang; le pillage, l'incendie et le meurtre s'accompagnèrent de raffinements d'une cruauté sauvage que la plume se refuse à décrire. Le 18 juin 1860, la ville de Zahlé fut prise, grâce à une manœuvre traîtresse du gouverneur qui arrêta la défense. Des milliers de chrétiens)' furent massacrés impitoyablement. Le Père Billotet, resté à la résidence avec une multitude qui y avait cherché un refuge à l'abri du drapeau français, fut luimême au nombre des victimes, ainsi que trois Frères coadjuteurs, le Frère Ferdinand Bonacina, Italien, et deux indigènes. Trois jours après, une cinquième victime, le Frère Alphonse Haïdar, tombait également sous le fer des Druses dans la petite ville de Deir-el-Kamar, où les atrocités dépassèrent toute mesure. A ce moment on comptait déjà au Liban sept mille sept cent une personnes de tout âge et de tout sexe mises à mort en haine de leur religion, trois cent soixante villages détruits, cinq cent soixante églises et quarante-deux couvents brûlés. Tous ces exploits avaient été accomplis en l'espace de vingt-deux jours. Le 9 juillet suivant, les massacres de Damas ajoutaient à ces listes huit mille cinq cents chrétiens, quatre évêques, cinquante prêtres indigènes, tous les religieux franciscains, avec trois mille huit cents maisons réduites en cendres.

La nouvelle Mission de Syrie avait ainsi reçu la consécration du martyre, objet de l'ambition des âmes apostotoliques. Une grande tâche restait à accomplir au lendemain de ces tristes événements. Il fallait réparer les désastres, relever les ruines, secourir les populations ravagées, recueillir et élever des milliers d'orphelins. La charité catholique en France et dans toute l'Europe s'y employa magnifiquement. Le futur cardinal Lavigerie fut la cheville ouvrière dans cette œuvre de restauration, et parmi ses auxiliaires le Père Amédée de Damas figure au premier rang. Ici nous ne pouvons que renvoyer aux ouvrages où est racontée la vie de l'un et de l'autre, aussi

bien que les travaux des Pères de la Compagnie de Jésus dans les orphelinats de Syrie1.

Malgré l'état d'effervescence qui n'avait guère cessé dans le pays pendant la période précédente, la Mission avait pris des développements appréciables. On en peut juger par le rapport rédigé par le Père Billotet alors Supérieur général pour l'exercice 1855- 1850 : « L'allocation de cette année s'est élevée au total de 29.000 francs. Avec cette somme, la Mission a entretenu 5 maisons, y compris le collège de Ghazir, 8 églises ou chapelles, 28 Pères ou Frères, missionnaires ou professeurs, plus de 20 auxiliaires pour les écoles, 13 domestiques, 30 élèves nourris et défrayés de tout...»

Si à la date de 1860, où s'arrête notre récit, on jette un regard d'ensemble sur le passé, on constate que les missionnaires avaient étendu leur apostolat dans toutes les régions du littoral et jusque dans le Hauran;ils avaient soigné les malades et les pestiférés; ils avaient donné les Exercices spirituels de saint Ignace aux religieux latins de toutes robes, aux prêtres maronites, grecs ou chaldéens, et même aux fidèles réunis par groupes dans leurs résidences, et parce moyen ils avaient ramené dans les villages du Liban une ferveur qui rappelait la primitive Église. Les écoles ouvertes et entretenues par eux donnaient l'instruction chrétienne à plus de douze cents enfants. Pour assurer cette œuvre essentielle, on avait fondé deux congrégations de religieuses indigènes, réunies par la suite en une seule dite des Mariameltes. La Congrégation des Xavériens pour les maîtres d'école n'eut malheureusement qu'une existence de courte durée. Une imprimerie arabe commençait à fonctionner, et produisait annuellement huit à dix mille volumes. En une multitude de villes de la côte et de l'intérieur, au loin

i. Le Cardinal Lavigerie, par Mgr Baunard. a vol. 8°. Paris, Poussielgue. — Un Jésuite, Amédée de Damas, par le P. J. Burnichon, 8°. Paris, Poussielgue.

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