CHAPITRE V
même, à Mossoul, à Orfa, à Angora, à Adana, aussi bien qu'à Antioehe ou à Saïda, les chrétiens de tout rite désiraient et demandaient que les Jésuites vinssent s'établir parmi eux. Toutefois ces progrès étaient encore bien modestes ; ils ne permettaient guère d'entrevoir ceux que l'avenir devait réaliser et que nous aurons à raconter le moment venu.
En attendant, avant de clore ce paragraphe, nous devons faire mémoire de quelques missionnaires qu'il serait injuste de passer sous silence. Outre ceux dont les noms ont déjà figuré dans ces pages, nous trouvons parmi les ouvriers de ces temps héroïques de la Mission de Syrie les PP. Estève, Canuti, Soragna, Cuche, Abougit, de Prunières, etc. Avant de donner sa vie pour son troupeau, le Père Billotet avait par ses hautes qualités et ses vertus conquis l'estime universelle. Voici le témoignage que lui rendait celui qu'on a appelé le Grand Français, alors consul général en Syrie, et qui signait ses lettres au Père Roothaan : Voire fils, Ferdinand de Lesseps : « M. l'abbé Billotet est un homme d'une grande valeur, connaissant très bien son terrain, plein d'autorité paternelle, de zèle et de mesure. Il est un précieux exemple, très heureusement suivi par ses collègues de Syrie. » (1er Octobre 1857.) Le Père Raymond Estève avait succédé au Père Planchet comme Supérieur général de la Mission, dans les premiers jours de 1848. Il avait déjà de beaux états de service. Arrivé en Orient en 1834, il avait été pendant des années, dans la bourgade de Bikl'aia, à 900 mètres d'altitude, l'apôtre de la montagne. Il allait pendant un quart de siècle encore exercer autour de lui le charme irrésistible qui est le privilège de la sainteté. Longtemps après sa mort, Européens et Orientaux qui l'ont approché ne parleront qu'avec vénération de celui qu'ils appellen! toujours le « saint Père Estève ».
272 LA COMPAGNIE DE Ji:SUS
L'érection du Maduré en Mission régulière est antérieure de plusieurs années à celle delà Syrie. Au moment où l'on commençait à préparer la division de la Province de France, le Père Général écrivait au Père Renault : « Nous avons reçu de la Propagande et du Saint-Père les plus vives instances pour envoyer quelques sujets au Maduré et royaumes voisins, où les fidèles se trouvent dans un besoin extrême de secours spirituels. Mgr le vicaire apostolique de Pondichéry a envoyé à Rome des rapports détaillés sur ces Missions; il y parle avec éloges de nos anciens Pères missionnaires dans ces contrées... Il demande que l'on envoie des prêtres, qui pendant quelques mois resteraient auprès de lui pour se former aux usages et à la langue... Ces prêtres, le Saint-Père les demande à la Compagnie, et moi je les demande à la France et à la future Province de Lyon... Pour cette fois je ne désire que quatre ou cinq prêtres. Il y en a tant qui demandent les Missions!... » (26 Mars 1836.)
Le choix fut bientôt fait, comme en témoigne une nouvelle lettre du Père Roothaan : « Il convient, écrit-il, d'instruire dès maintenant ces Pères de leur destination et de leur demander s'ils la reçoivent de bon cœur. La Compagnie ne donne des lettres d'obédience pour de semblables Missions qu'à ceux qui les désirent... » (21 Mai 1836.)
Les quatre élus étaient les Pères Joseph Bertrand, Alexandre Martin, Louis Garnier et Louis du Ranquet. Il leur fallut attendre encore plus d'une année avant de quitter la France. Le Bref pontifical, daté du 23 décembre 1836, avait été expédié directement de la Propagande au nom du Père Bertrand, désigné comme Supérieur de la Mission. Il y avait là plus qu'un malentendu; car c'était la méconnaissance de l'ordre hiérarchique, « dont l'importance, écrivait le Père Général, ne peut guère être sentie que par nous, ici. » Par suite, le départ fut retardé ;