CHAPITRE V
de deux ans plus tard, il s'apprêtait à regagner les Indes; son nom était sur la liste des partants. Mais cette fois encore il parut que c'était l'envoyer à une mort certaine. Le Père Joseph Bertrand fut donc retenu en France, où il continua pendant de longues années à servir en qualité de Procureur la Mission à laquelle il avait donné son cœur.
Une lettre, partie de Rome le 2 mars 1844, donnait pour Supérieur aux Jésuites du Maduré le Père Alexis Ganoz. Ce nom a une place à part dans l'histoire de la Mission. Bientôt revêtu du caractère épiscopal, Mgr Canoz est resté quarante ans à la tête du vicariat apostolique du Maduré ', dominant avec un tact parfait les difficultés d'une situation délicate et laissant à tous ceux qui l'ont connu le souvenir d'une haute prudence dans les affaires alliée aux plus aimables vertus. Il fut le premier religieux promu à l'épiscopat dans la Compagnie de Jésus depuis son rétablissement, et à cause de cela même, sa nomination fut pour les Supérieurs majeurs l'objet des plus graves soucis.
Dès le début de la Mission, la Propagande eût volontiers donné à celui qui en était le chef l'indépendance à l'égard de son Ordre ; le Père Roothaan parvint à écarter cette atteinte aux Constitutions dont il avait la garde : « Vicaire apostolique, disait-il, ou même préfet apostolique, c'est une dignité ecclésiastique, qui ne convient pas à un membre de la Compagnie. » Dans sa pensée les Jésuites du Maduré auraient avec le vicaire apostolique de Pondichéry les rapports qu'ils ont partout avec les Ordinaires des diocèses où ils sont établis. Mais bientôt on s'aperçut que, avec cet état de choses, il serait difficile de conserver le bon ordre et la bonne harmonie. Au bout
de celte Mission, qui sont vraiment admirables. » (20 Juin ï846.) Le quatrième et dernier volume parut en 1 854. Dix ans plus tard le Père Bertrand donnait deux autres volumes sous le titre de Lettres édifiantes et curieuses de la Nouvelle Mission du Maduré. 8°, Pélagaud et Privât. 1. Sauf une interruption de trois ans, pendant lesquels il administra le vicariat apostolique de Bombay, 1868-1861.
de trois ans, les missionnaires faisaient déjà entendre des plaintes discrètes ; elles reparaissent plusieurs fois par la suite dans leur correspondance. Le Père Roothaan leur recommande de ne rien négliger pour supprimer toute cause de dissentiment, et « s'il faut, dit-il, faire des sacrifices pour conserver l'union, il n'y a pas à hésiter». Pour lui, il continue à détourner de la Compagnie la menace d'une mitre que la Propagande voudrait lui imposer : « Un Jésuite évoque au Maduré, écrit-il un jour, vous pouvez être tranquille à cet égard ; il n'en est pas question. » (2 Octobre 1844.) Cependant l'administration romaine des Missions étrangères en avait décidé autrement. Le 16 janvier 1846, le Père Général écrit au Provincial de Lyon : « D'un jour à l'autre, je puis être invité par la Congrégation de la Propagande à présenter deux ou trois candidats pour la charge de vicaire apostotique du Maduré avec le caractère épiscopal... Quand le Décret relatif à l'érection de ce vicariat aura été définitivement porté et m'aura été communiqué, je vous le transmettrai. » Trois mois plus tard, toute l'affaire était réglée, le Père Général en donne avis au Père Canoz dans une lettre dont nous citerons de larges extraits ; elle n'intéresse pas, en effet, seulement l'humble religieux à qui elle portait la nouvelle de sa promotion à l'épiscopat :
« Le Père Bertrand vous a tenu au courant, mon Révérend Père, de ce qui s'est traité ici, à Rome, par rapport à l'organisation de la Mission du Maduré. Vous savez déjà quel a été le résultat de nos longues délibérations et que, avec l'agrément de la Sacrée Congrégation et du Saint-Père, nous entrons dans une nouvelle manière d'être; — nouvelle présentement, car anciennement la Compagnie avait ses évêques titulaires dans les Indes. Désormais elle va avoir au Maduré son vicaire apostolique avec le caractère épiscopal, mais avec une déclaration formelle que, par effet de cette charge, il ne cesse pas d'être membre de la Compagnie. Enfin vous saurez que le choix de ce premier