‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 138 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

vicaire apostolique évêque est tombé sur vous, mon cher Père. Je crois devoir vous écrire cette lettre, de consolation d'abord, puis d'instruction ou de conseils propres à assurer le succès de l'œuvre. Je sens vivement ce qu'il doit en coûter à un enfant de la Compagnie de se voir mis ainsi dans une position exceptionnelle ; mais c'est pour le bien de la Mission, pour éviter d'infinies tracasseries que nous devons prévoir dans les circonstances présentes, qui menaçaient de s'aggraver avec le temps et qui ne laissaient guère d'espoir de continuer en paix sur le pied où nous étions jusqu'ici depuis notre rentrée au Maduré.

« Vous restez toujours religieux et membre de la Compagnie, comme vous l'étiez jusqu'à présent, et Supérieur des Nôtres; seulement vous serez évêque, caractère qui devra vous porter à un plus grand soin de votre perfection; et comme vicaire apostolique, vous dépendrez immédiatement de la Sacrée Congrégation, avec laquelle vous devrez correspondre directement pour les affaires du vicariat... Toute ma confiance, après Dieu, est dans le bon esprit qui vous anime. En effet, mon bien cher Père, tout le succès de ce nouvel ordre de choses est entre vos mains. Tout en étant soumis directement et uniquement à la Sacrée Congrégation pour l'administration du vicariat, il dépendra de vous de conserver avec nous cette union inviolable qui vous attache à la Compagnie... Quoique dans cette administration, vous soyez, par la volonté de la Congrégation, dispensé de l'obéissance envers le Général, cela ne peut signifier qu'il vous soit défendu de demander conseil... Seulement vous ne recevrez que des conseils qu'il vous sera libre de suivre ou de ne pas suivre, et que vous ne suivrez que, lorsque devant Dieu ils vous sembleront bons, meilleurs que ce que vous auriez d'abord trouvé par vous-même. »

Le Père Roothaan touchait ici un point sensible. Les profès de la Compagnie de Jésus s'engagent, pour le cas où ils seraient contraints d'accepter une dignité ecclésiastique, à ne pas refuser les conseils que le Père Général

croirait devoir leur donner. C'est pour eux l'objet d'un vœu spécial. Le texte du Bref qui nommait le vicaire apostolique du Maduré paraissait abolir ce vœu. Vainement le Père Roothaan avait-il multiplié les représentations. Sur ces entrefaites, Grégoire XYI était mort; le Bref n'étant point encore expédié, le Général de la Compagnie tenta une dernière démarche auprès de Pie IX, comme on le voit par la lettre qu'il adressait le 28 octobre 1846 au Provincial de Lyon : « La Congrégation des cardinaux, à laquelle le Saint-Père avait naturellement remis ma supplique, a jugé qu'il ne fallait pas réformer les Brefs de Grégoire XVI. La vénération pour le pontife défunt entre pour beaucoup dans cette décision; puis une certaine crainte que cette obligation de suivre les conseils du Père Général puisse contrecarrer les ordres du Saint- Siège, ou du moins mettre en scrupule le vicaire apostolique. Quant à cette crainte, je crois l'avoir entièrement dissipée dans l'esprit du Saint-Père, qui m'a entendu avec la plus grande bonté, et qui m'a assuré, ainsi qu'avaient fait les cardinaux, qu'on n'entendait aucunement exclure par cette dispense l'autorité du Général et ses conseils, qu'il était bien clair que le Père Général pourrait donner des conseils en mille cas particuliers, dans lesquels le Saint-Siège et la Sacrée Congrégation qui est son organe n'entrent jamais et ne sauraient entrer... »

Enfin l'expédition des pièces officielles pour la constitution du vicariat apostolique du Maduré eut lieu le 13 février 1847. Un ordre formel, ajouté par Pie IX, imposait au Père Canoz l'obligation d'accepter l'épiscopat : « J'ensuis bien aise, écrivait le Père Roothaan, c'est mieux en règle. » Puis, faisant allusion à l'affaire épineuse dont nous avons parlé : «. En me communiquant, disait-il, le Bref de Sa Sainteté Pie IX, la Congrégation de la Propagande m'a adressé une lettre en réponse aux observations que je lui avais présentées. Cette lettre est rassurante. » (18 Février 1847.)

Il n'était pas inutile d'entrer dans ce détail et de citer

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