‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 141 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Pères, pour commencer l'établissement projeté de ses jeunes Malgaches et donner naissance à une première Mission... La partie de l'île que veut nous confier le préfet apostolique est celle du sud-ouest, dite de Saint- Augustin... Ici le Conseil de la Propagation de la Foi a montré beaucoup d'empressement pour cette Mission et a promis des secours au préfet... » (24 Mai 1844.)

Les missionnaires partirent de Nantes, en compagnie de l'abbé Dalmont, le 24 septembre 1844 ; deux mois plus tard, ils débarquaient à Bourbon. Ces trois premiers Jésuites français qui allaient entreprendre l'évangélisation de Madagascar étaient les Pères Pierre Cotain, Romain Dénieau et Ambroise Neyraguet. Les PP. Louis Jouen et Marc Finaz, deux noms marquants dans les annales de la Mission, devaient les rejoindre avant un an. On tenta d'abord un établissement dans la baie de Saint- Augustin, sur la côte occidentale; les missionnaires y abordaient le 17 juin 1845. L'accueil des Sakalaves fut plutôt sympathique; mais au bout d'une semaine un vaisseau arrivait de Maurice. Après son passage tout était changé : « Vous venez nous tuer ou nous livrer aux Ho vas, disaient les indigènes à leurs amis de la veille ; les Français ne sauraient pas nous défendre comme feraient les Anglais. »

Il fallut chercher ailleurs ; on se transporta à Tuléar. Là encore réception amicale, les esprits paraissent disposés à entendre la bonne parole, si bien que les missionnaires se décident à y fixer leur demeure. Mais l'orage ne tarde pas à éclater : « Notre case, écrit l'un d'eux était achevée ; nous allions en prendre possession au premier jour, lorsqu'une dizaine de chefs de l'intérieur du royaume, à la tête de G00 hommes armés de fusils et de sagayes, viennent de la part du roi Babu pour renverser notre case et nous expulser de l'île, donnant pour raison que nous sommes des sorciers et des espions, et par conséquent leurs ennemis. A peine ont-ils fini de parler que ces 600 hommes poussent des hurlements affreux, et la

hache à la main, courent sur la case, la mettent en pièces en quelques instants et s'en disputent les débris. Puis les chefs nous invitent à nous rembarquer, et nous voici revenus à Bourbon. » (1er Décembre 1845.) Les apôtres ne se laissèrent pas abattre : « Jamais, écrit le Père Neyraguet, je ne me suis senti plus de courage. » Néanmoins le Père Général croyait quelque consolation nécessaire : « Je demande au Seigneur, écrivait-il au Père Cotain, que la prochaine tentative que vous ferez à Madagascar n'ait pas le sort des deux premières. Du reste ces échecs ne doivent pas vous décourager. L'histoire de la plupart de nos anciennes Missions offre dans leur fondation des circonstances semblables. » (3 Juin 1845.)

Toutefois Madagascar devait rester longtemps fermée aux missionnaires catholiques. Sans parler de l'arrêt d'expulsion porté en 1845 par le Gouvernement hova contre tous les étrangers, la jalousie des prédicants anglais, la défiance des indigènes, la cupidité des traitants européens auraient suffi pour les tenir à distance. Pendant des années ils durent se borner à des travaux d'approche, à Bourbon, aux Gomores et dans les autres petites îles où flottait le drapeau de la France. Dès 1846 ils ouvrirent, à la Ressource, un séminaire pour les enfants malgaches qui seraient un jour des auxiliaires pour l'apostolat auprès de leurs compatriotes. Le Gouvernement français leur confiait l'administration spirituelle de Nossi- Bé, de Mayotte, de Sainte-Marie, etc.

Cependant l'abbé Dalmont était mort le 22 septembre 1847, seul comme saint François-Xavier, en vue de la Grande Terre qu'il n'avait pu conquérir à la foi. Un de ses plus chers désirs eût été de mourir Jésuite ; depuis deux ans déjà il avait fait sa demande ; le Père Général écrivait à ce propos au Père Cotain : « Je lui ai répondu qu'il se regardât déjà comme appartenant à la Compagnie, mais que le moment de son admission n'était pas encore venu. » (5 Février 1846.) On attendait, comme nous le voyons par une lettre antérieure, que la Propagande

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