CHAPITRE Y
demander ce qu'il y avait à faire. Le Père Roothaan trancha la question : « Le Père ne doit pas la refuser, écrivait-il au Supérieur de la Mission de Constantine. Il pourra ensuite en faire l'offrande à la Sainte-Vierge ou au Saint-Joseph de votre chapelle. Si, pendant qu'il est avec les soldats, le petit ruban à la boutonnière devait leur faire plaisir, je ne verrais pas de mal à ce qu'il le portât. » (31 Décembre 1849.)
Le Père Maillard fit par deux fois la visite des établissements de sa Province en Algérie. Avec la teinte d'optimisme qui lui est familière, il esquisse la situation qu'il a trouvée à Constantine : « La ville est un nid d'aigle. Je l'avais vue en 1846, je la revoyais en 1851, avec plus de bonheur encore. Là nous sommes curé, vicaires, aumôniers, tout le clergé. Là une jolie mosquée a été convertie en église. Là, chose admirable, vous trouveriez une réunion de dames de charité, aussi ferventes et dévouées que les plus ferventes de France. Vous en seriez dans le ravissement... » (27 Janvier 1851.)
La paroisse de Constantine avait en effet été confiée aux Jésuites dès 1841; ils la desservirent jusqu'en octobre 1856; ils formaient alors « tout le clergé » de la ville. En 1847 elle comptait, indépendamment de la garnison, 22.000 habitants, dont 16.000 indigènes musulmans, 4. 000 juifs et 2.000 Européens, Français pour la plupart. D'après le procès-verbal de la visite épiscopale faite cette année-là même, ce troupeau ne devait pas donner beaucoup de consolation à ses pasteurs. On y signale « une dépravation générale des mœurs ; un respect humain effréné, même chez les meilleurs ; peu de probité dans les transactions; la négligence des parents à l'égard de leurs enfants ; l'état des familles mauvais d'ordinaire ; la plaie des mariages civils et même du concubinage public et
ra<»is. « Zaatcha a été emportée le 28 novembre 18/49 * ^ beures du matin. Le Scheik Mustapha-ben-Omar et les huit cents hommes qui étaient dans la place se sont fait tuor jusqu'au dernier. » L'Ami de la Religion. Tome CXL1V, p. 1 16.
dans des conditions particulièrement scandaleuses... etc. » D'autre part le document relève « le zèle actif et industrieux des trois prêtres qui doivent se multiplier pour faire face à tout; leur régularité dans l'exercice d'un ministère si chargé et si varié ; leur pauvreté personnelle, et déjà l'estime générale qui les entoure et la bienveillance empressée de l'administration laïque ellemême. » (15 Avril 1847.) Sans entrer ici en de plus amples détails, remarquons que, si le ministère sacerdotal auprès de la population civile dans une colonie à ses débuts est fatalement plutôt ingrat, les Jésuites trouvaient quelque compensation dans l'élément militaire. En face des deux cent cinquante communions pascales qui figurent au procès-verbal pour la paroisse de Gonstantine, les documents de famille en accusent plus de huit cents parmi les soldats ' .
Des établissements à Bône et à Philippeville n'eurent qu'une existence éphémère; par contre celui d'Oran, réclamé au mois d'août 1843 par Mgr Dupuch, était ouvert en octobre, et dès l'année suivante, la population de la ville demandait la création d'un collège de la Compagnie. A ce propos le Provincial de Lyon recevait de Rome cette approbation quelque peu illusoire : « Voyez ce que vous pourrez faire. » (27 Février 1844.) Pour le moment il n'y avait rien à faire, car le régime du monopole universitaire florissait en Algérie avec l'occupation française. A la différence de Constantine, les Jésuites ne furent jamais chargés à Oran de l'administration paroissiale ; ils exerçaient librement leur ministère dans l'église de Saint- André mise à leur disposition par l'autorité épiscopale. Sous la direction du Père Etienne Pascalin, dont le zèle
i . « A Constantine, plus de 8oo militaires ont fait leurs Pâques, et depuis quatre ou cinq mois, il y a eu dans les hôpitaux plus de 6oo malades qui ont communié... Le général gouverneur de la Province assiste tous les dimanches à la messe, avec tout l'état-major, plusieurs compagnies et la musique militaire. L'exemple du premier chef nous facilite beaucoup le bien. Il nous aime sincèrement et ne s'en cache pas... » (Letttre du P. Lasserre, 3 décembre i84i.)