‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 155 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ne connaissait pas de bornes, la petite résidence ne tarda pas à devenir un centre de vie assez active pour éveiller certaines susceptibilités et provoquer les accusations de gens sans conscience. Sur la fin de 1848, un petit orage se déchaînait contre elle. Le Père Roothaan, écrivant au Supérieur, lui rappelait la mansuétude évangélique : Ecce ego mitto vos sicut agnos, parole dont saint Ignace donnait le commentaire dans une de ses maximes : « Mieux vaut faire moins avec paix que faire beaucoup avec trouble et tapage. » (15 Janvier 1849.) Quant aux accusations, poursuivait le Père Général, « puisque la calomnie aété rendue publique, l'honneur de la Compagnie et de la Religion exige que la réparation le soit aussi.» (20 Février 1849.) Ce qui eut lieu, en effet.

Au cours de cette année 1849, l'Algérie fut visitée par le choléra ; le fléau s'abattit d'abord sur Alger et de là gagna la plupart des villes du littoral et de l'intérieur; en septembre il atteignait Oran, et pendant deux mois y fit de terribles ravages. Ce fut pour les Jésuites l'occasion de se venger des tracasseries qu'ils venaient d'endurer. Ils se dévouèrent sans compter au service des corps et des âmes, comme ils l'avaient fait à Alger, jusqu'à forcer l'admiration de ceux-là mêmes qui les avaient poursuivis de leurs outrages. Le 4 novembre, à la suite d'une procession où la statue de la Sainte Vierge avait été portée triomphalement dans les rues de la ville, une pluie longtemps attendue vint assainir l'atmosphère et arrêter les effets du fléau. Pendantl'épidémie le Père Pascalin avait obtenu du général Lamoricière une petite mosquée, sur les flancs du mont Santa-Cruz qui porte à son sommet la vieille citadelle d'Oran. Son plan était d'y ériger un sanctuaire à la Madone. Ce serait l'ex-voto de la cité pour la protection dont elle venait d'être l'objet. L'idée fut accueillie avec enthousiasme ; une commission fut constituée ayant pour président le général Pélissier, et le préfet d'Oran pour vice-président. Les deux curés et le Père Pascalin, Supérieur des prêtres auxiliaires, signèrent un appel à la

population ; riches et pauvres étaient invités à contribuer, chacun à leur façon et dans la mesure de leurs moyens, au monument de la reconnaissance publique. Sans plus tarder on mit la main à l'œuvre et, quelques mois plus tard, l'évêque d'Alger pouvait bénir la chapelle de Notre- Dame du Salut.

C'est à Alger toutefois, au chef-lieu de la colonie que, dans ces premiers temps, les Jésuites, malgré leur petit nombre, dépensèrent plus d'activité et se rendirent plus utiles. « Heureusement, écrivait en 1846 Charles de Riancey, le clergé officiel est aidé par quelques volontaires zélés, entre autres, par cinq de ces prêtres persécutés qui répondent toujours aux vexations et aux injures par de nouveaux services4.» « Sans leur assistance, écrit à la même date Mgr Dupuch, dans son Mémoire au Pape, il eût été dès longtemps, et de plus en plus il serait impossible de desservir la Casbah, l'hôpital militaire de la Salpêtrière, les ateliers des condamnés, le pénitencier, les prisons civiles et militaires et de suffire au service organisé à bord des bâtiments de la marine royale, au convoi des paquebots chargés du transport des malades, et à une foule d'œuvres excellentes, telles que celle de Saint-François-Régis, par exemple... Rien de plus utile que l'institution de ces excellents ouvriers, sur le compte desquels, au surplus, le Pape est suffisamment informé2. »

A l'automne de 1843, arrivait à la résidence de la rue Salluste un de ces « ouvriers » selon le cœur de l'évêque d'Alger. Le Père Nicolas Tissier est déjà connu des lecteurs

i . De la situation religieuse de l'Algérie. Lecoffre, 18^6, p. 18.

2. Mémoire adressé au Souverain Pontife, par Mgr Dupuch, après sa démission (janvier i846), et reproduit dans Fastes de l'Afrique chrétienne. Tome IV, p. 44 7 - Sur la Société de Saint-François-Régis l'évêque s'exprimait ainsi dans son rapport au gouverneur général : « Cette Société, essentiellement civilisatrice, destinée à la réhabilitation des mariages, a reçu votre haute approbation exprimée en termes énergiques, et avec elle, celle non moins expressive de tous les fonctionnaires éminents. Elle commence à rendre en Algérie, à la religion, à la morale, à la société d'immenses services que depuis longtemps elle est accoutumée à rendre en France. » Ibid., p. 379.

Page 1