‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 158 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

langue; des conférences avaient lieu dans la maison des Pères.

Mais ce n'étaient là encore que des travaux d'approche. Pour entamer le bloc de l'Islam, il fallait une ors:anisation, un bataillon d'hommes formés par une préparation spéciale et tout d'abord par la connaissance de la langue. La création d'un séminaire s'imposait. L'idée ne devait être réalisée que plus tard par le grand cardinal Lavigerie ; mais nous la voyons naître vingt-cinq ans plus tôt à l'orphelinat de Ben-Aknoun; l'initiative en est due au Père Bruniauld, l'homme aux vues hardies et grandioses. Il y a aux Archives romaines tout un dossier sur la fondation d'un séminaire central pour les pays de langue arabe, dont il avait dressé le plan; les Supérieurs l'avaient approuvé et l'on était entré dans la voie de l'exécution. C'était sur la fia de 1849. Le Père Général voyageait alors en France et dans les pays voisins. A son passage à Lyon, il traita l'affaire avec le Conseil de la Propagation de la Foi, auquel il demanda de prêter son concours. Selon l'usage il dut mettre sa requête par écrit. La Note adressée aux deux présidents de Lyon et de Paris porte la date du 26 novembre 1849 : « J'ai l'honneur, dit le Très Révérend Père, d'informer votre Conseil central que le Père Maillard est prêt à commencer l'œuvre dont le Père Bruniauld vous a déjà soumis le plan, et qui aurait pour but la préparation immédiate des jeunes missionnaires destinés aux pays dont l'arabe est la langue usuelle. Le Père Maillard se propose d'y appliquer cette année six à huit sujets... » Deux mois plus tard, le Père Roothaan écrivait de Naples à M. de Jessé, président du Conseil central de Lyon, le remerciant du bon accueil fait au projet du séminaire arabe et du subside qui lui était accordé. On n'avait donc plus, semblail-il, qu'à aller de Pavant. Mais il fallait compter avec les susceptibilités, très légitimes d'ailleurs, de l'autorité épiscopale, dont on ne s'était point assez préoccupé. MgrPavy avait lui-même un zèle ardent et actif pour l'évangélisation des Arabes; mais

il entendait que les « prêtres auxiliaires » fussent toujours en sa main et que rien ne fût entrepris que par son impulsion et sous son contrôle. En somme, l'évêque d'Alger voulait agir par lui-même, et il le fit savoir.

Au retour de la visite provinciale en Algérie, le Père Maillard écrivait au Père Général à propos de la Mission arabe : « Comme le principal obstacle à cette nouvelle œuvre a été jusqu'ici et aurait été sans doute encore l'évêque d'Alger, j'ai voulu prendre mes assurances de ce côtélà... J'ai donc écrit au Prélat et je lui ai demandé clairement et d'agréer que nous établissions à Constantine cette Mission arabe, et de solliciter pour nous l'appui du Gouvernement. Monseigneur m'a répondu immédiatement : « La proposition que vous me faites d'établir, sous ma juridiction immédiate, à Constantine, une maison de Mission arabe me plaît infiniment, et je l'accepte sans hésiter dans les termes où elle est posée dans votre lettre. Je vais en écrire dès ce soir au ministre... » (17 Septembre 1850.)

A ce moment se tenait à Aix un Concile des évêques de la Province ecclésiastique; Mgr Pavy y assistait avec le Père Jordan, Supérieur des Jésuites d'Alger, pour théologien. C'est là qu'il reçut la demande du Père Maillard, et c'est d'Aix même qu'il adressait au ministre de la guerre, général d'Hautpoul, une lettre que cette Histoire a le devoir de mentionner : « Dans mon intime conviction d'évêque, y est-il dit, je suis obligé de faire tout ce qui dépend de moi pour tenter l'œuvre immense de la conversion des Arabes... Dans cette pensée, Monsieur le ministre, j'ai traité avec les RR. PP. Jésuites. Ils accepteraient de commencer, sous ma juridiction immédiate, et par conséquent sous ma responsabilité personnelle, ce genre de Mission dans les tribus de la Province de Constantine. Je n'ai pas besoin de vous dire quelles sont la sagesse, l'habileté, la générosité de ces saints religieux. Nul Ordre, selon moi, ne peut faire avec succès en ce genre ce dont ils sont capables.

« Seulement ils me demandent trois choses : 1° que les

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