‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 163 sur 324 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

précédent, le Général de la Compagnie de Jésus fat reçu à Lyon par le Conseil central de la Propagation de la Foi. (25 Novembre 1849.) Deux semaines après, il écrivait de Marseille au président : « Je conserverai précieusement toute ma vie la consolation que j'ai goûtée l'autre jour au sein du Conseil central, de l'édification que j'y ai reçue et de l'accueil si bienveillant que j'y ai trouvé. Jusqu'ici j'ai beaucoup prié moi-même, j'ai souvent recommandé à mes religieux de prier aussi beaucoup pour le succès de l'œuvre ; désormais je le ferai encore davantage. » (10 Décembre 1849.)

Les sentiments manifestés ainsi par le Père Roothaan, il y a plus de soixante ans, sont encore ceux de tous les membres de la famille de saint Ignace envers la société providentiellement instituée pour être la mère nourricière des Missions catholiques dans le monde.

Avant de clore ce chapitre, il nous faut jeter un regard anticipé sur l'état des Missions en l'année du Centenaire, 1914. Nous les avons vues naître et essayer leurs premiers pas. En 1850, elles sont déjà vigoureuses, sinon prospères; elles ont traversé les années du premier âge, années critiques, où la vie est débile et l'avenir incertain. Maintenant elles entrent dans la carrière avec toutes les espérances d'une jeunesse robuste. Au bout de soixante ans et plus, ces espérances se sont-elles réalisées? Nous ne pouvons songer à entreprendre ici l'énumération des œuvres actuelles, qui serait nécessaire pour donner à la question une réponse adéquate. Nous nous contenterons de ce que l'on pourrait appeler le mouvement du personnel.

Un Jésuite, nous l'avons dit déjà, n'est envoyé aux Missions étrangères que sur sa demande expresse, demande formulée par écrit et adressée au Père Général. Ces postes de dévouement et de sacrifices exceptionnels sont estimés postes d'honneur. Tous les candidats ne sont pas élus;

ceux qui le sont se tiennent pour privilégiés. Leurs dispositions à cet égard se traduisent bien dans la lettre du Père Hus récemment débarqué à la Guyane : « J'aurais dû vous remercier plus tôt, écrit-il au Père Général, de la faveur que vous avez bien voulu me faire en m'envoyant à Gayenne. Dès que j'eus connaissance du décret d'exportation des bagnes, je demandai cette Mission. Je disais au R. P. Provincial, comme je le déclare encore aujourd'hui, que je n'y avai3 nul droit, mais que le peu d'utilité des services que je pouvais rendre en France, le besoin de racheter le temps mal employé et le désir de donner enfin un exemple de quelque valeur aux Nôtres et aux personnes à qui jusqu'ici j'avais beaucoup plus prêché de parole que d'action, me la faisaient désirer ardemment... » (3 Mai 1852.) Les témoignages de ce genre abondent aux Archives. Jamais les volontaires n'ont manqué aux appels des chefs de la Compagnie pour les expéditions apostoliques les plus laborieuses ou même les plus meurtrières : « Nous n'avons qu'à choisir », comme l'écrivait le Père Roothaan quand il lui fallait remplacer dans l'Inde les victimes du choléra. Aussi l'effectif des missionnaires de la Compagnie de Jésus a-t-il constamment suivi une marche ascendante ; quantaux Jésuites français, en particulier, ceux qui, en Tannée du Centenaire, à la veille de la mobilisation, travaillaient dans les Missions lointaines, étaient au nombre de 936 sur 3.087 religieux, c'est-à-dire plus que le quart du personnel total des quatre Provinces.

Voici, dans ses grandes lignes, le progrès accompli depuis la date de 1850, où s'est arrêtée notre Histoire.

La Mission de Syrie, à la Province de Lyon, s'est agrandie de l'Arménie, au nord, et de l'Egypte, au sud. Le chiffre des missionnaires a passé de 17 à 173. AuMaduré, Province de Toulouse, de 61 à 210. Madagascar forme aujourd'hui quatre vicariats apostoliques, dont un à la Province de Toulouse, l'autre, avec une portion de Ceylan à celle de Champagne. En 1850, 20 missionnaires ; en 1914, Toulouse en compte 87, la Champagne 17.

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