CHAPITRE VI
appelés partout. Plus de cinquante demandes non acceptées. Le collège d'Avignon s'ouvre avant le vote de la loi. Organisation improvisée. On ne se préoccupe pas d'assurer les ressources. Le Père Gabriel Bouilier. Commencements du collège d'Amiens. L'externat et la question de la rétribution scolaire. On est obligé d'en venir au pensionnat. Le Père Guidée. Débuts laborieux. Le collège de Vannes. Mêmes difficultés qu'à Amiens et même conclusion. Le pensionnat est un mal nécessaire. L'externat à Vannes. Le PèrePillon. Le collège de Dôle : Débuts timides. Idéal des anciens Jésuites, et illusions de leurs successeurs. Phases pénibles et succès postérieurs. Notre-Dame de Mont-Roland. Construction du sanctuaire.
La loi sur la liberté d'enseignement fut votée par l'Assemblée nationale législative le 15 mars 1850. C'est une date mémorable dans les fastes de l'Église de France. Cette loi a été appelée l'édit de Nantes des catholiques, on l'a comparée au Concordat; assurément, après l'œuvre de pacification et de restauration de 1801, aucune mesure émanée des pouvoirs publics n'a eu pour les intérêts religieux du pays une influence plus considérable et plus heureuse. « Cette loi, écrivait Anatole Leroy-Beaulieu, devait rester la plus favorable à l'Église que les catholiques aient connue au xixe siècle. Ils n'en reverront jamais de pareille en France1. »
Cette conquête était pour eux le résultat et la récompense de vingt années de luttes persévérantes. L'histoire n'en est plus à faire; elle a été racontée dans des ouvrages de grande valeur2. Nous n'aurions donc pas à y revenir, si la Compagnie de Jésus n'y avait pas été mêlée par ses adversaires avec une obstination qui n'eut d'égale que la constante fidélité de ses amis. Nous avons vu que, pendant la phase la plus chaude du conflit, la question de la liberté d'enseignement était devenue la question même des Jésuites; eux seuls, disait-on, menaient une campagne dont ils
i. Revue des Deux Mondes, i5 août i884, p. 794-
2. Pierre de la Gorce, Histoire de la Seconde République. — Lecanuet, Montalembert. — Guillemant, Pierre-Louis Parisis, etc.
devaient être seuls à bénéficier. Les défenseurs du monopole universitaire comptaientdétourner ainsi sur une cause qui gagnait la faveur publique tout l'odieux accumulé sur un nom dont on avait fait un épouvantail. La manœuvre aboutit au coup parti de Rome en 1845, à la sollicitation de M. Guizot. Les Jésuites disparaissaient de la scène, puisque, d'après la Note officielle du 5 juillet, ils avaient cessé d'exister en France. Mais les catholiques ne renonçaient point à poursuivre leur but. A la tribune de la Chambre des Pairs, Montalembert répondait au chef du Gouvernement par cette fière déclaration : « La question n'est en aucune façon résolue par ce qui vient de se passera Rome et par votre succès... On me permettra de dire que leur défense (des Jésuites) était un embarras pour la cause de la liberté religieuse... Cet embarras, vous nous en avez délivrés. Je ne vous en remercie pas; je ne vous en félicite pas ; à Dieu ne plaise ! Mais vous me permettrez au moins de le constater et de ne pas laisser croire au monde que nous venons d'être abattus et vaincus par votre victoire... Rien n'est fini, rien n'est changé ; il n'y a absolument qu'un prétexte de moins. La question de la liberté d'enseignement, la question de la liberté religieuse de l'Eglise reste entière. On a essayé de les confondre toutes deux avec celle des Jésuites ; elles couraient grand risque d'être absorbées toutes deux dans la question des Jésuites, et peut-être d'y périr. Eh bien! on ne le pourra plus. Vous les avez dégagées... Sachez-le bien ; rien n'est fini.. . Une main sur l'Evangile et l'autre sur la Charte, nous réclamerons tout ce que nous avons réclamé, et nous ne diminuerons ni nos justes prétentions ni le courage que nous y avons apporté1. »
De fait, le premier moment de stupeur passé, chacun reprit son poste de combat et les opérations recommencèrent. A Paris, le Comité pour la défense de la liberté religieuse, les comités régionaux dans les provinces coordonnaient les efforts, tenaient l'opinion en éveil et recru-
i . Le Moniteur. Séance de la Chambre des Pairs du i 5 juillet 1 845.