‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 169 sur 324 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

vive et lumineuse sut tout faire entendre ettoutdécider '. » Avec moins d'éclat, l'action de l'abbé Dupanloup fut peut-être plus pénétrante et plus efficace, car il semble bien avoir eu raison des dernières résistances de Cousin et de Thiers lui-même : «L'abbé Dupanloup, dit un écrivain qui ne lui est pas sympathique, brilla presque autant que M. Thiers dans les débats de la Commission. Il possédait bien son sujet; il fut habile, éloquent, émouvant, toujours prêt, et obtint tout ce qu'on pouvait obtenir sur le terrain mixte où il s'était placé... Il était dans son élément, il y fît merveille2. »

A la veille d'être nommé évêque d'Orléans, l'abbé Dupanloup était alors le prêtre le plus en vue du clergé de Paris. Longtemps Supérieur du Petit Séminaire de Saint-Nicolas, il s'était fait une spécialité des questions d'enseignement et d'éducation ety avaitacquisune grande autorité. Au surplus, rien de ce qui intéressait l'Église ne le laissait indifférent ; depuis dix ans, il s'était mêlé à toutes les phases du conflit engagé entre les catholiques et l'Université; mais, à la différence de la plupart des adversaires du monopole, il cherchait plutôt à ménager un accommodement qu'à pousser à fond les revendications pour lesquelles il combattait. Dès 1845, quand la tempête était loin d'être calmée, il publiait De la pacification religieuse, titre qui à lui seul indiquait l'orientation de sa pensée. Deux ans plus tard, dans L'état actuel de la question, il précisa son attitude : «... Je ne m'occuperai point, dit-il, des opinions extrêmes; je n'aime à invoquer dans la polémique que la pensée sérieuse des hommes graves qui comptent dans leur parti, et dont la voix est une autorité, parce que leur modération est une force et leur parole, une lumière. » Avec ses qualités et ses défauts, ses relations et ses amitiés, sa vivacité de tempérament, son élocution facile, ce tour d'esprit

i. Introduction à la Vie de Mme Acarie, p. i5. Cf. Les Débats de la Commission de 1849, par H. de Lacombe, p. i65. 2. Louis Veuillot. T. II, p. 354.

capable de tempérer devant la nécessité la rigueur des principes, plus diplomate que théologien1, l'abbé Dupanloup était l'homme qualifié pour mener à bien , du côté ecclésiastique, le compromis rêvé parM.de Falloux entre l'État enseignant et l'Église enseignante. Il fut l'âme de la Commission préliminaire qui posa les fondements de l'accord.

Nous ne connaissons les discussions qui s'y engagèrent que par les pâles analyses publiées trente ans plus tard, par M. H. de Lacombe, d'après les notes même de l'évèque d'Orléans-. La discussion n'est souvent guère autre chose qu'un dialogue entre l'abbé Dupanloup et Thiers, secondé à l'occasion par Cousin. L'organisation des autorités administratives et du contrôle de l'enseignement, Conseil supérieur, académies dans les départements, fut assez facilement réglée. Un principe nouveau présidait à la composition de ces comités; ils n'étaient plus recrutés exclusivement d'universitaires; avec les représentants de l'enseignement libre, on y faisait entrer des hommes du dehors, des magistrats, des évêques. Pour ce qui est de l'enseignement primaire, il fut admis sans controverse que la religion devait être à la base. Sur ce point M. Thiers montra jusqu'où pouvait aller le zèle d'un converti. Son horreur pour les instituteurs socialistes, démagogues, anarchistes, le poussait aux extrêmes; il ne voulait pas qu'il y eût un anticuré dans chaque commune de France. Conclusion, il proposait d'abandonner au clergé tout l'enseignement primaire. 11 supprimait de plus les écoles normales et réduisait au strict minimum les programmes de

i. Mgr Parisis l'estimait «médiocre théologien » . (Lecanuet, Montalembert. T. II, p. 3ao.) « Son ouvrage de la Pacification religieuse, écrivait-il à Montalembert, est beaucoup plus riche en talent qu'en principes, et quand tous les prêtres écriraient de la sorte, on ne bâtirait que sur le sable. » 20 Nov. i8/J6.(Cf. Guillemant. T. I, p. 176.)

2. Procès-verbaux de la Commission de 18^9. 1879. Le mot de Procèsverbaux était par trop inexact. Une nouvelle édition, la 5e, datée de 1899. l'a remplacé par Les Débals, etc.

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