‹ La Compagnie de Jésus en France (volume 4)Chapitre 173 sur 324 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

poursuivi depuis vingt ans par les évêques et les publicistes catholiques, sans défaillance comme sans divergence d'opinion. Combien différente la solution apportée par le projet Falloux! L'Église se lie, s'enchaîne ellemême à l'Université; trois archevêques ou évêques prendront place, à côté d'un ministre protestant et d'un rabbin juif, dans le Conseil supérieur, organe du Gouvernement, de l'Instruction publique, qui compte vingt-huit membres; l'évêque, ou son délégué, siégera pareillement dans l'académie départementale ; l'épiscopat couvre ainsi de son manteau l'administration universitaire, sur laquelle d'ailleurs il ne pourra exercer aucune autorité effective. On nous permet d'ouvrir des collèges; mais l'Université garde seule la collation des grades; seule elle dressera les programmes; elle reste donc maîtresse de l'enseignement ; on nous autorise à marcher à sa suite, c'est là notre liberté ; elle nous inspectera et à l'occasion nous jugera et nous condamnera : « L'Université se trouvera consolidée et agrandie. » Voilà ce que nous trouvons dans la loi, mais non pas l'indépendance que nous avions le droit d'en attendre.

Ainsi raisonnaient beaucoup de catholiques et avec eux un certain nombre d'évêques intransigeants : « Mieux vaudrait, écrivait le cardinal de Bonald, le statu quo, avec l'espérance d'en sortir un jour, qu'une loi qui ne réalise point les promesses de la Constitution et qui ôte l'espoir de l'affranchissement1. » Ce point de vue fut celui de Louis Veuillot et de l'Univers. Depuis l'ouverture des travaux de la Commission parlementaire jusqu'au lendemain du vote final, le journal combattit âprement les dispositions du projet de loi que défendait Y Ami 'de la Religion, alors sous la direction de l'abbé Dupanloup. De là entre le journaliste et le futur évêque d'Orléans une mésintelligence qui devait amener par la suite des éclats regrettables. Dans la chaleur de la polémique les deux journaux ne gardèrent

i. Loc. cit.

pas toujours la juste mesure. Il fallait beaucoup de fermeté d'esprit pour ne pas se laisser entraîner par les outrances de l'un ou de l'autre : « Ce qui me fit le plus souffrir dans cette grande lutte, écrivait Mgr Parisis, c'étaient les opinions exclusives de mes amis du dehors, représentées en sens contraire par Y Univers et Y Ami de la Religion. J'aime à reconnaître quel' Univers resta toujours fidèle aux principes. Il disait, et c'était vrai, que le projet de loi n'était pas ce que nous avions demandé.., que l'idée seule d'une transaction était mauvaise et que son exécution, telle qu'on la proposait, était pour nous une défaite. Il avait simplement raison en droit ; mais peut-être ne tenait-il pas assez compte des nécessités du moment... De son côté Y Ami de la Religion, dominé par la volonté puissante de l'abbé Dupanloup, inspirateur, auteur et défenseur de la transaction, exaltait le projet de loi comme un chef-d'œuvre, dans lequel il fallait tout admirer, même le fond des principes. MM. de Falloux, de Montalembert, Beugnot, Mole, de Riancey soutenaient les mêmes idées, qui paraissaient vraiment révoltantes, surtout de la part de catholiques qui avaient depuis quatre ans soutenu avec nous tout le contraire. J'admettais le projet comme un expédient transitoire, mais l'admettre comme bon et juste en soi, cela me semblait propre à démentir tout notre passé et compromettre tout notre avenir1. »

Parmi tous les opposants se distinguait le fougueux abbé Gombalot. Impatient du repos et du silence, il lançait dans le public, sous forme de lettres ouvertes à différents personnages, des critiques virulentes de « la loi de malheur». Il écrit le 12 novembre 1849 à Mgr Dupanloup, qui vient d'être nommé évêque d'Orléans : « Le projet Falloux est au Conseil d'État. S'il en revient, quod Deusavertat! ... Je le regarde comme un des plus dangereux fléaux qui aient encore menacé votre patrie adoptive. » Tel est le début; et pour finir : « J'ose vous prédire qu'il laissera

i . Pierre-Louis Parisis. Tome II, p. 35^.

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